Quand on me demande où j'ai appris à écrire de la musique, je ne cite pas un diplôme. Je cite un nom : Olivier Bardot. C'est dans le programme de composition qu'il a fondé que je me suis formé, entre 2019 et 2021 : une histoire que je raconte dans pourquoi je ne suis pas passé par le conservatoire. Mais lui mérite mieux qu'une note de bas de page : voici qui il est.
Un chef de chœur au parcours exigeant
Olivier Bardot s'est formé là où se forment les meilleurs chefs français. Enfant, il chante à la Maîtrise des Hauts-de-Seine, le chœur d'enfants de l'Opéra de Paris. Il obtient ensuite un diplôme d'études musicales de direction de chœur dans la classe de Marianne Guengard, se perfectionne en masterclass auprès de figures comme Gunnar Eriksson, Bo Holten ou Frieder Bernius, étudie le chant avec Marie-Claire Cottin et la composition avec l'organiste Pierre Pincemaille.
En 1997, il entre au Jeune Chœur de Paris, sous la direction de Laurence Equilbey et Geoffroy Jourdain. Il en devient chef assistant, puis le codirige avec Henri Chalet de 2010 à 2014. Entre-temps, à vingt-six ans, il fonde son propre chœur de chambre, Stella Maris, avec lequel il explore la polyphonie sacrée à un niveau d'exigence rare.
Un pédagogue avant tout
Ce qui frappe chez Olivier Bardot, c'est que l'enseignement n'est pas chez lui une activité annexe : c'est le cœur. Professeur de polyphonie vocale au conservatoire à rayonnement régional de Paris depuis 2003, chef à la Maîtrise de Paris, il n'a jamais cessé de transmettre. Il enseigne aussi le chant grégorien et la polyphonie dans des communautés religieuses et des séminaires, là où la musique sert directement la prière.
C'est cette conviction (qu'un musicien d'Église se forme, se travaille, ne s'improvise pas) qui l'a conduit à créer ses propres cadres de transmission.
Veni Compositor : apprendre à écrire pour l'Église
Olivier Bardot a fondé Veni Compositor, une école de composition liturgique, et l'académie de direction chorale Lucerna Granville. Il siège par ailleurs au conseil stratégique national d'Ecclesia Cantic, le mouvement qui rassemble les jeunes autour de la qualité du chant liturgique.
Veni Compositor, c'est le cadre dans lequel j'ai appris le métier. Rien à voir avec un cursus théorique : on y écrit pour de vrais chanteurs, on entend ses pièces en répétition, on les retravaille à la lumière du résultat. C'est là que j'ai compris ce que veut dire écrire pour une assemblée qui ne lit pas la musique : une exigence qui ne quitte plus mon travail, jusque dans les chants que j'enregistre avec le Chœur Cantiamo.
Ce que je lui dois
On imagine parfois la composition comme un don qui tombe du ciel. Olivier Bardot m'a appris l'inverse : c'est un artisanat. On apprend à conduire une ligne, à équilibrer des voix, à servir un texte plutôt qu'à se servir de lui. On apprend surtout à écouter (le chanteur, l'assemblée, la liturgie) avant d'écrire une note.
Si mes chants tiennent debout aujourd'hui, c'est en grande partie parce qu'un chef de chœur exigeant a pris le temps de me corriger, patiemment, pendant deux ans. C'est ça, un maître : quelqu'un qui vous transmet non pas des recettes, mais une manière de travailler. Et cette lignée, je ne l'oublie pas, elle traverse chaque partition que je signe.
