Pourquoi je ne suis pas passé par le conservatoire

À la question « tu as fait quel conservatoire ? », ma réponse déçoit toujours un peu : aucun. Et pourtant, j'écris des chants qui se chantent. Voici, sans détour, pourquoi.

Ce que je n'ai pas appris dans une institution

Je n'ai pas fait Boulogne, ni le CNSM. Je n'ai pas eu de classe d'écriture où l'on me corrige des fugues, ni d'année d'orchestration en groupe. C'est un manque réel — je ne le minimise pas. Il m'a fallu rattraper seul des choses qu'un cursus structuré donnerait en deux semestres.

Mais voici ce qui s'est passé : entre 2019 et 2021, j'ai rejoint un programme de composition fondé par Olivier Bardot. Pas un conservatoire, pas un diplôme — un cadre exigeant, individualisé, où l'on m'a poussé à écrire pour de vrais chanteurs, à entendre mes pièces en répétition, à les retravailler à la lumière du résultat.

Ce que ça change quand on écrit pour l'assemblée

Le conservatoire forme à un certain idéal : la pièce parfaite, indépendante, qu'on défend dans un concert ou un concours. C'est précieux. Mais ce n'est pas ce que demande un chant pour une assemblée paroissiale.

Un chant d'église se mesure à autre chose : est-ce qu'il tient dans la bouche d'un fidèle de 65 ans qui n'a pas répété ? Est-ce que le refrain s'attrape à la première écoute ? Est-ce que la tessiture passe sans qu'on force la voix ? Aucune de ces questions ne s'évalue dans une classe. Elles ne s'évaluent que dans une nef, un dimanche matin, devant un peuple qui essaie.

Mon parcours hors institution m'a obligé à apprendre l'écriture par cette confrontation-là, pas par l'académisme. C'est sans doute pour ça que mes chants — quand ils marchent — marchent vite.

Ce qui me manque, et que je continue de chercher

Il y a des choses qu'un cursus aurait raccourcies. L'orchestration grande forme, par exemple, je l'apprends pièce par pièce. L'analyse historique — savoir d'où vient un geste musical, dans quelle tradition il s'inscrit — je la rattrape en lisant et en écoutant. C'est plus lent. C'est moins systématique. Mais ça se fait.

Surtout, je continue de travailler avec des compositeurs et des chefs qui me reprennent, me corrigent, me poussent. Ne pas être passé par le conservatoire ne veut pas dire ne pas avoir de maîtres — j'en ai eu, j'en ai encore. Ils sont juste arrivés autrement.

Le conseil que je donnerais

Si l'on me demande aujourd'hui : « faut-il faire un conservatoire pour devenir compositeur de musique sacrée ? », ma réponse est : cela dépend de ce que vous voulez écrire. Pour la grande forme symphonique sacrée, oui, sans doute. Pour les chants qui font respirer une assemblée, peut-être pas. Ce qui compte alors, c'est de chanter beaucoup, d'écouter encore plus, et de se trouver un cadre — communauté, programme, mentor — où l'on vous demande des comptes.

Cette série « Coulisses » raconte les choix d'écriture et de parcours qui sont derrière le répertoire édité. Une question précise ? Posez-la à l'assistant du site ou écrivez-moi directement.
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