Dans la plupart des paroisses, Noël se prépare trois semaines avant Noël. On choisit les chants mi-décembre, on distribue les partitions à la répétition suivante, et la veille du 24 on découvre que la moitié des choristes n'a jamais chanté le motet, que l'organiste n'a pas la version qu'on a photocopiée, et que personne ne sait qui chante à la messe de la nuit et qui chante au matin.
Ce n'est pas un problème de niveau. C'est un problème de calendrier : Noël est la seule fête de l'année où une chorale paroissiale doit tenir deux ou trois célébrations en vingt-quatre heures, devant une assemblée deux fois plus nombreuse que d'habitude, dont une bonne partie ne vient qu'une fois par an. Ce qui se joue là ne se rattrape pas. Voici le rétroplanning que je recommande, compté en semaines avant le 25 décembre.
Pourquoi le mois de décembre est un piège
Décembre est le mois où une chorale a le moins de temps disponible, et c'est précisément celui où on lui demande le plus. Les répétitions sautent pour cause de marchés de Noël, de spectacles d'école et de fêtes de famille ; les choristes sont fatigués ; et les dimanches de l'Avent demandent eux aussi un répertoire propre, qu'on ne peut pas sacrifier sans que les quatre semaines qui précèdent Noël sonnent comme un mois ordinaire.
La conséquence est mécanique : tout ce qui doit être appris doit l'être avant décembre. Décembre sert à entretenir, à caler, à répéter dans l'église. Pas à découvrir des pièces. Un rétroplanning de Noël est d'abord une décision sur la date à laquelle on arrête de choisir.
Six semaines avant : l'inventaire, pas encore le choix
À la mi-novembre, ne choisissez pas encore les chants. Faites l'inventaire de ce dont vous disposez réellement, ce qui est un exercice différent et souvent instructif.
Combien de choristes seront présents le 24 au soir, et combien le 25 au matin ? Posez la question par écrit, tout de suite, parce que la réponse détermine tout le reste. Une chorale de vingt personnes qui se retrouve à sept à la messe du jour ne chante pas le même répertoire. Sachez aussi qui part en vacances le 26, si vous tenez aussi la Sainte Famille ou l'Épiphanie.
Vérifiez ensuite la disponibilité de l'organiste sur les deux ou trois célébrations, et le nombre de répétitions réellement tenables d'ici au 24. Comptez-les sur un calendrier, une par une. La plupart des chefs de chœur en imaginent six et en ont quatre.
Cinq semaines avant : figer le répertoire
C'est la décision structurante, et elle se prend fin novembre, une fois l'inventaire fait. Le principe est simple : une seule pièce nouvelle et exigeante par célébration, le reste puisé dans ce que la chorale connaît déjà.
Sur le choix des pièces elles-mêmes, je renvoie à l'article consacré au répertoire de la messe de Noël, qui détaille ce qui convient à l'entrée, au psaume, à la communion et à l'envoi. Ce qui nous occupe ici, c'est la règle de dosage : un motet ambitieux pour la nuit, et un répertoire plus simple pour le jour, où vous serez moins nombreux et où l'assemblée compte davantage de gens qui ne chantent jamais.
Figez la liste par écrit et diffusez-la à l'organiste, au curé et aux choristes le même jour. À partir de ce moment, on n'ajoute plus rien. Toute pièce proposée après cette date est notée pour l'année prochaine, sans exception, y compris si elle est magnifique. C'est la règle qui sauve le mois de décembre.
Quatre semaines avant : distribuer, et distribuer complet
Les partitions se distribuent au début de l'Avent, dans un jeu complet et numéroté, avec l'ordre des célébrations en première page. Pas de feuilles volantes ajoutées de semaine en semaine : un classeur qu'on n'ouvre qu'à la répétition, avec tout dedans.
Donnez à l'organiste exactement la même version que la chorale, dans la même tonalité. C'est la source d'ennuis la plus banale et la plus évitable : deux éditions différentes du même chant, découvertes le 24 à 22 heures. Un point de dix minutes avec lui à ce moment-là, sur les tempos et les introductions, vous économise une demi-heure de flottement le jour venu. J'ai détaillé ce travail dans l'article sur la façon de travailler avec son organiste.
Si vous faites chanter des enfants, c'est aussi le moment de caler leurs répétitions à eux, séparément, et de décider ce qu'ils chantent seuls. Les faire répéter avec les adultes six fois de suite ne sert ni les uns ni les autres.
Trois et deux semaines avant : le vrai travail
Ces deux répétitions sont les seules où la chorale apprend. Consacrez-leur la pièce difficile en priorité, en début de séance, quand les voix sont fraîches et l'attention entière, et gardez la fin pour reprendre ce qui est déjà su.
La tentation, à ce stade, est de tout survoler pour se rassurer. C'est l'erreur : mieux vaut sortir de la répétition avec une pièce solide et deux à revoir qu'avec huit pièces approximatives. Les principes d'une répétition efficace valent doublement en décembre, parce que vous n'aurez pas de séance de rattrapage.
Profitez de ces deux semaines pour traiter la question qui revient chaque année : que fait-on des renforts. Beaucoup de paroisses voient arriver en décembre des chanteurs qui ne viennent pas le reste de l'année. Accueillez-les, mais donnez-leur un rôle défini, sur les pièces qu'ils peuvent tenir sans les avoir travaillées, plutôt que de réviser tout le programme pour eux.
La dernière semaine : dans l'église, en conditions réelles
La dernière répétition ne se tient pas en salle paroissiale mais dans l'église, à l'endroit exact où la chorale chantera, avec l'orgue, les micros s'il y en a, et la lumière du soir.
Ce qu'on y règle n'est presque jamais musical : où se tient la chorale, comment elle entre et sort, qui donne le ton, à quel moment on se lève, où sont les partitions pendant la communion, ce qui se passe si la procession est plus longue que prévu. Chantez une pièce depuis la tribune ou depuis le bas-côté et vous entendrez tout de suite ce que l'acoustique fait à votre équilibre, sujet que traite l'article sur l'acoustique d'une église.
Terminez par la liste écrite de la soirée : ordre des chants, qui annonce, qui lance, ce qu'on fait si l'assemblée ne suit pas. Une feuille par choriste, affichée aussi à la tribune. Le 24 au soir, personne n'aura la tête à retenir une consigne orale donnée une semaine plus tôt.
Le jour même
Deux règles suffisent. La première : ne changez plus rien, même si une idée meilleure vous vient en arrivant. La seconde : la messe du jour n'est pas la messe de la nuit, et il est normal qu'elle soit plus simple, avec moins de monde et un répertoire que l'assemblée peut reprendre sans partition.
Prévoyez enfin le moment d'après. Une chorale qui a tenu trois célébrations en vingt-quatre heures a besoin qu'on le lui dise, et de savoir quand elle rechante. Annoncez la date de la répétition de janvier avant de vous séparer le 25 : c'est ce qui fait revenir les renforts l'année suivante, et c'est un sujet de fond que je développe dans l'article sur la façon de recruter des choristes.