C'est une fête discrète, prise entre l'éclat de la nuit de Noël et la solennité de Marie au 1er janvier, et beaucoup de chorales la traitent comme un dimanche de Noël de plus. C'est dommage, car elle a une couleur propre, celle du foyer, du quotidien, de la vie ordinaire à Nazareth.
Cet article donne une trame chant par chant. Il prolonge ce que vous avez déjà sur la musique d'une messe de Noël, dont la Sainte Famille garde la lumière, tout en déplaçant le regard de la crèche vers la maison.
Ce que la fête demande au répertoire
La difficulté de ce dimanche tient dans un équilibre. D'un côté, on est encore dans le temps de Noël, la joie de l'Incarnation reste vive, les ornements sont blancs, la crèche est toujours là. De l'autre, la fête regarde une réalité très humaine, une famille, un père, une mère, un enfant, un foyer de Nazareth où la parole de Dieu se vit dans le quotidien le plus simple.
Un répertoire réussi tient les deux. Il ne renonce pas à la lumière de Noël, mais il l'oriente vers le foyer. Concrètement, cela veut dire éviter deux écueils. Le premier, refaire une messe de la nuit de Noël, tout en cantiques de crèche, comme si la fête n'avait pas sa spécificité. Le second, tomber dans le sentimental, une célébration de la famille au sens social qui oublierait qu'on chante d'abord le Christ né dans une famille, et non la famille en général.
Les lectures du 27 décembre 2026 (année B)
Cette année, la fête a ses lectures propres, et elles ne parlent pas de la famille en général. La Genèse raconte la promesse faite à Abraham, « Regarde le ciel, et compte les étoiles », puis la naissance d'Isaac (Genèse 15, 1-6 ; 21, 1-3). Le psaume 104 répond : « Le Seigneur, c'est lui notre Dieu ; il s'est toujours souvenu de son alliance. » La lettre aux Hébreux reprend la foi d'Abraham (11, 8.11-12.17-19). L'Évangile est celui de la Présentation au Temple : Syméon prend l'enfant dans ses bras, Anne le reconnaît, puis la famille rentre à Nazareth, où « l'enfant, lui, grandissait » (Luc 2, 22-40).
Le fil du jour est donc une promesse tenue de génération en génération, qui aboutit dans les bras d'un vieillard au Temple. C'est ce fil que le programme doit faire entendre.
Le programme, chant par chant
| Moment | Chant | Pourquoi celui-là | Fiche |
|---|---|---|---|
| Entrée | Peuple fidèle (Adeste fideles) | On reste dans le temps de Noël, et l'assemblée le connaît depuis la nuit du 24. Son refrain français, « En lui viens reconnaître ton Dieu, ton Sauveur », fait déjà le geste de Syméon et d'Anne, qui viennent au Temple reconnaître l'enfant. | Voir la fiche |
| Gloria | Celui de la nuit de Noël | On est dans l'octave et la fête est une fête. Ne changez pas de messe entre Noël et ce dimanche : l'assemblée vient de l'apprendre. | |
| Psaume | Psaume 104, « Le Seigneur, c'est lui notre Dieu ; il s'est toujours souvenu de son alliance » | Il répond mot pour mot à la première lecture : l'alliance avec Abraham. Refrain à tous, versets à un chantre. | |
| Préparation des dons | Nous venons nous consacrer (Pierre-Arnaud Destremau, album Vivant, écouter) | Une marche dédiée à saint Joseph, « protecteur de la Sainte famille ». Une strophe le dit « préfiguré par les grands patriarches » : elle fait le pont entre Abraham, dans la première lecture, et Joseph, dans l'Évangile. Le refrain, « servir nos familles et notre Église », est une offrande, au bon moment. | Voir la fiche |
| Communion | Nunc dimittis, cantique de Syméon | Syméon reçoit l'enfant dans ses bras et dit : « Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s'en aller en paix. » C'est le geste même de la communion. Le cantique se chante chaque soir aux Complies, une partie de l'assemblée le reconnaîtra. | |
| Action de grâce | Magnificat (Pierre-Arnaud Destremau, album Triduum, écouter) | Sa dernière strophe chante « la promesse faite à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa race, à jamais » : c'est le fil exact des lectures. Marie, présente au Temple dans l'Évangile, a le dernier mot. | Voir la fiche |
| Envoi | Les anges dans nos campagnes | « Ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth » (Luc 2, 39). On renvoie l'assemblée chez elle dans la joie de Noël, qui dure jusqu'au Baptême du Seigneur. | Voir la fiche |
Composer la feuille de messe avec ces chants
Deux chants sont de Pierre-Arnaud Destremau, enregistrés par le chœur Cantiamo : Nous venons nous consacrer et le Magnificat. Chaque titre ouvre sa fiche dans l'onglet partitions, avec le lien vers la partition officielle ou libre. Le Nunc dimittis existe en de nombreuses versions, du grégorien aux psalmodies françaises.
Un point de vigilance sur l'entrée et l'envoi : les cantiques de Noël montent parfois haut, et une assemblée fatiguée par les fêtes ne suivra pas. Si le sommet dépasse le ré, transposez, comme le rappelle l'article sur l'ambitus.
Ce qu'il faut écarter : les chants qui célèbrent la famille sur un mode attendri, parents et enfants, maison idéale. Beaucoup de personnes présentes ce dimanche vivent des absences ou des ruptures, et la famille de Nazareth n'est pas une carte postale : l'Évangile du jour annonce à Marie : « ton âme sera traversée d'un glaive ». Les lectures de cette année offrent mieux qu'un idéal familial : une promesse tenue.
Les autres années
Le programme change avec l'Évangile. En année A, Matthieu raconte la fuite en Égypte (Matthieu 2, 13-15.19-23) et le psaume 127 chante « Heureux qui craint le Seigneur et marche selon ses voies ». En année C, Luc raconte Jésus retrouvé au Temple à douze ans (Luc 2, 41-52), avec le psaume 83, « Heureux les habitants de ta maison, Seigneur » : Le Recouvrement de Jésus au Temple (Marion Cauchy) raconte justement cet épisode. Certaines paroisses gardent chaque année les lectures du Siracide et de la lettre aux Colossiens : demandez au célébrant lesquelles il retient avant de fixer le psaume.
Quand la fête n'a pas de dimanche
Une précision de calendrier utile. La Sainte Famille se célèbre le dimanche compris entre Noël et le 1er janvier. Certaines années, il n'y a pas de dimanche dans cet intervalle, et la fête est alors reportée au 30 décembre, un jour de semaine. Vérifiez le calendrier de l'année en cours avant de préparer, car cela change tout à l'affluence attendue.
Un 30 décembre en semaine, vous aurez une assemblée réduite, souvent âgée, et une chorale amputée par les vacances. Adaptez votre ambition en conséquence. Ce n'est pas le jour pour sortir une pièce difficile que la moitié de vos choristes n'aura pas répétée. Mieux vaut une célébration simple et juste, portée par les quelques présents, qu'un programme trop lourd bâti pour une assemblée qui ne sera pas là. En 2026, le cas ne se pose pas, la fête tombe bien un dimanche, le 27 décembre, mais gardez le réflexe pour les années suivantes.
Cette souplesse du calendrier rappelle une règle plus générale, on ne prépare pas une messe dans l'abstrait mais pour l'assemblée réelle qu'on aura devant soi. La date, le jour de la semaine, la période de vacances, tout cela pèse autant que le choix des chants.
Trois erreurs à éviter
La première, refaire à l'identique la messe de la nuit de Noël, en oubliant que la Sainte Famille a sa couleur propre. La deuxième, glisser vers une fête de la famille au sens social, avec des chants attendris qui perdent le Christ de vue. La troisième, sous-estimer la fatigue de l'après-Noël, chez les choristes comme dans l'assemblée, et viser un répertoire trop exigeant que personne ne tiendra.
Préparer la Sainte Famille, c'est prolonger Noël en le déplaçant vers la maison. On chante toujours l'enfant qui vient de naître, mais on le regarde dans son foyer, et à travers lui tous les foyers présents. Ceux qui ont déjà travaillé les chants du mariage à l'église et de la première communion retrouveront cette même attention à des assemblées faites de familles réelles.