Commencer petit et régulier
Mieux vaut six personnes qui répètent chaque semaine que vingt présentes une fois par mois. La régularité fonde tout.
Les premiers pas
- Un créneau fixe de répétition, court mais hebdomadaire.
- Un répertoire de départ de 8 à 10 chants solides, retravaillés jusqu'à l'aisance.
- Des voix à deux avant la polyphonie à quatre : un simple bourdon ou une tierce transforme déjà le son.
- Un objectif proche (une fête, une messe) pour fédérer.
Faire grandir
Ajoutez la difficulté par petites touches. Enregistrez-vous : rien ne fait progresser comme s'écouter. Et soignez le lien humain, une chorale, c'est d'abord une communauté qui prie en chantant.
Un premier répertoire : une messe complète en dix chants
Le conseil des « huit à dix chants » reste abstrait tant qu'on ne les a pas sous les yeux. Voici une messe complète, de l'entrée à l'envoi, entièrement tirée de mon répertoire. L'ordinaire vient d'une seule et même messe, l'Ordinaire de Saint Joseph : l'assemblée le retrouve chaque dimanche et le chœur ne l'apprend qu'une fois. Neuf partitions sur dix se téléchargent gratuitement sur ParFreeTion.
| Moment | Chant | Pourquoi celui-là | Fiche |
|---|---|---|---|
| Entrée | Servez le Seigneur (Pierre-Arnaud Destremau, album Vivant, écouter) | Le psaume 99 (100), « Servez le Seigneur avec joie, entrez dans ses portes avec des louanges » : un chant d'entrée qui convient à tout dimanche, donc qu'on ne range jamais. | Voir la fiche |
| Kyrie | Kyrie, Ordinaire de saint Joseph | Les quatre pièces de l'ordinaire viennent d'une seule messe : apprise une fois, elle sert toute l'année. | Voir la fiche |
| Acclamation | Alleluia, Ordinaire de saint Joseph | Même messe, même couleur : l'assemblée la reconnaît dès le deuxième dimanche. | Voir la fiche |
| Offertoire | Reçois l'offrande (Pierre-Arnaud Destremau, album Ephata, écouter) | Court et scandé : c'est la pièce où le groupe apprend à partir ensemble. | Voir la fiche |
| Sanctus | Sanctus, Ordinaire de saint Joseph | Le Sanctus revient à chaque messe : c'est le meilleur retour sur investissement du répertoire. | Voir la fiche |
| Notre Père | Notre Père (Pierre-Arnaud Destremau, album Vivant, écouter) | Une minute vingt : la prière du Seigneur chantée, courte et sans piège de mise en place. | Voir la fiche |
| Agneau de Dieu | Agnus Dei, Ordinaire de saint Joseph | Il clôt l'ordinaire, toujours dans la même messe. | Voir la fiche |
| Communion | Divin mystère (Pierre-Arnaud Destremau, album Ephata, écouter) | « Voici le corps et le sang, venez, approchons de la table » : un chant de communion qui convient à tout dimanche, assez long (plus de quatre minutes) pour couvrir la procession. | Voir la fiche |
| Envoi | Témoins de son amour (Pierre-Arnaud Destremau, album Ephata, écouter) | « Vous êtes témoins de son amour, annoncez la bonne nouvelle » : un envoi qui dit ce qu'il fait. Le refrain reprend Jean 14, 19, « vous le verrez vivant et vous vivrez aussi ». | Voir la fiche |
| Après l'envoi, à Marie | Souvenez-vous (Pierre-Arnaud Destremau, album Ephata, écouter) | Le « Souvenez-vous », que beaucoup de fidèles savent par cœur : un terrain familier pour finir. | Voir la fiche |
Composer la feuille de messe avec ces chants
Pour une messe de rentrée ou d'ouverture d'année pastorale, Viens Esprit Saint (Pierre-Arnaud Destremau, album Ephata, écouter) peut remplacer le chant d'entrée : on ouvre l'année en invoquant l'Esprit. Ces partitions sont écrites pour plusieurs voix : commencez par faire chanter à tous la mélodie principale, puis ajoutez les autres pupitres un par un, selon la progression décrite plus bas. Pour la partition de Témoins de son amour, écrivez-moi.
Les trois conditions à réunir avant la première répétition
Beaucoup de projets échouent non par manque de chanteurs mais par manque de cadre. Trois choses doivent être fixées avant de convoquer qui que ce soit.
L'accord du curé, et le périmètre exact. Quelles messes la chorale animera, à quelle fréquence, avec quelle marge de décision sur le répertoire. Un flou sur ce point produit tôt ou tard un conflit, généralement au plus mauvais moment.
Un lieu et un créneau fixes. Une salle disponible toute l'année, un jour et une heure qui ne bougent pas. Une répétition dont l'horaire change chaque semaine perd la moitié de son effectif en deux mois.
Une date d'objectif. Un groupe a besoin d'une échéance concrète, idéalement à six ou huit semaines : une fête, une messe précise. Sans elle, les répétitions n'ont pas d'enjeu et l'assiduité s'effrite.
Recruter les premiers choristes
La règle qui compte : on ne recrute pas avec un appel général, on recrute en demandant à des personnes précises. Une annonce au micro produit peu. Un « j'ai entendu que vous chantiez, venez jeudi » produit beaucoup.
Deux moments de l'année fonctionnent réellement, la rentrée de septembre et la sortie de l'Avent ou de Pâques, quand la musique a été remarquée. La démarche complète est détaillée dans recruter des choristes, et la messe de rentrée est de loin la meilleure occasion de l'année.
Sur le niveau : n'exigez pas de savoir lire la musique, vous vous priveriez de la majorité des candidats. Exigez la régularité, qui est la seule condition non négociable.
À quoi ressemble une répétition qui fonctionne
Une heure suffit, à condition qu'elle soit structurée. La trame que je recommande : dix minutes de mise en voix, vingt minutes sur la pièce difficile, vingt minutes sur ce qui sera chanté dimanche, dix minutes de reprise d'un chant déjà su pour finir sur une réussite.
Deux principes. On travaille le difficile au début, quand les oreilles sont fraîches, jamais à la fin. Et on ne termine jamais sur un échec : le sentiment avec lequel les choristes repartent détermine leur présence la semaine suivante.
Sur la conduite du groupe quand personne n'a de formation de direction, voir faire chanter sans chef de chœur.
Passer à deux voix, puis à quatre
La polyphonie à quatre voix est un objectif, pas un point de départ. La progression réaliste passe par des étapes intermédiaires trop souvent sautées.
D'abord l'unisson vraiment juste, ce qui est déjà un travail. Puis un bourdon, une seule note tenue sous la mélodie, qui transforme le son sans exiger d'indépendance. Puis deux voix parallèles, en tierces ou en sixtes. Puis un canon, qui apprend l'indépendance sans exiger de lire une partition complète : le Magnificat de Taizé, ou Ô doux Jésus (Pierre-Arnaud Destremau, album Ephata, écouter), dont les versets confiés à un soliste donnent en plus un rôle à une voix qui veut s'exposer. La polyphonie à quatre voix ne vient qu'ensuite, et seulement si vous avez au moins deux voix sûres par pupitre.
Un chœur à deux voix juste sonne infiniment mieux qu'un chœur à quatre voix approximatif. C'est le conseil que je répète le plus souvent.
Le plan des six premières semaines
Avec une échéance à six semaines et une heure de répétition hebdomadaire, voici une progression qui tient. Chaque séance suit la trame décrite plus haut : mise en voix, pièce nouvelle, reprise de ce qui est su.
| Semaine | Objectif | Au programme |
|---|---|---|
| 1 | Poser le cadre | Présentation du projet et de la date visée, mise en voix, Kyrie et Sanctus à l'unisson sur la mélodie principale |
| 2 | Installer l'ordinaire | Agnus Dei, Alléluia et Notre Père à l'unisson, reprise de la semaine 1 |
| 3 | Les chants de procession | Chant d'entrée et chant de communion à l'unisson, premier bourdon sous un chant déjà su |
| 4 | Ouvrir une deuxième voix | Offertoire et envoi, puis une seconde voix sur un refrain déjà maîtrisé |
| 5 | Filer la messe | Tous les chants dans l'ordre de la célébration, dans l'église si possible, et un enregistrement pour s'écouter |
| 6 | Répétition générale | Sur place, avec l'organiste ou l'instrumentiste, en terminant par le chant le mieux su |
Deux règles pour ce plan. Ne passez à la semaine suivante que si les chants de la précédente sont sus sans partition par la majorité du groupe : mieux vaut décaler la date qu'arriver approximatif à la première messe. Et gardez les voix supplémentaires pour plus tard si le groupe peine : une première messe à l'unisson juste est une réussite.
Tenir dans la durée : les trois écueils
L'épuisement du chef. Une personne qui choisit le répertoire, dirige, accompagne et gère les présences tiendra deux ans. Déléguez tôt, ne serait-ce que les convocations et la préparation des feuilles.
L'écart avec l'assemblée. À mesure que le chœur progresse, la tentation est de choisir des pièces qui le mettent en valeur. Or l'assemblée doit continuer à chanter, ce qui suppose de garder un répertoire accessible et de réserver les pièces exigeantes aux moments prévus pour cela, comme expliqué dans la fonction de chaque chant.
L'absence de renouvellement. Un groupe qui ne recrute plus vieillit et finit par s'éteindre. Prévoyez un temps de recrutement chaque année, même quand l'effectif semble suffisant.
Besoin d'un chant sur mesure pour votre célébration ? Écrivez-moi.