Tenir deux registres
Un chant de funérailles doit faire droit au chagrin tout en ouvrant vers la lumière. Évitez aussi bien le pathos que la fausse gaieté : la justesse, c'est la paix.
Partir des lectures choisies par la famille
Aux funérailles, les textes ne sont pas imposés : la famille les choisit dans le lectionnaire des funérailles, avec le prêtre ou l'équipe d'accompagnement. C'est donc après ce choix, et seulement après, qu'on arrête les chants. Quelques textes reviennent très souvent : Job 19 (« Je sais, moi, que mon rédempteur est vivant »), Sagesse 3 (« Les âmes des justes sont dans la main de Dieu »), Jean 14 (« Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures »), Jean 6 (« Celui qui mange ce pain vivra éternellement »). Chaque chant ci-dessous est relié à l'un d'eux. Les cotes sont celles des propositions de chants du diocèse de Nanterre (janvier 2014).
| Moment | Chant | Pourquoi celui-là | Fiche |
|---|---|---|---|
| Accueil du corps | Celui qui aime a déjà franchi la mort (S 89) | Le titre reprend la première lettre de saint Jean (3, 14) : « nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères ». Il dit dès l'entrée ce que l'assemblée vient faire : confier quelqu'un qui a aimé. | Voir la fiche |
| Rite de la lumière | Ego sum lux mundi (Pierre-Arnaud Destremau, album Vivant, écouter) | Jean 8, 12 en latin, deux minutes et demie : « qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie ». C'est exactement ce que dit le cierge pascal allumé près du cercueil. | Voir la fiche |
| Psaume | Psaume 26, « Le Seigneur est ma lumière et mon salut », ou psaume 22, « Le Seigneur est mon berger » | Le 26 répond à Job 19 et prolonge le rite de la lumière ; le 22 répond à Sagesse 3 et à Jean 14. Refrain à l'assemblée, versets au chantre. | |
| Communion | Celui qui a mangé de ce pain (D 140-2) | Le choix évident quand l'Évangile est Jean 6 : le chant de communion redit la promesse qu'on vient d'entendre. | Voir la fiche |
| Après la communion | Prière d'abandon (Pierre-Arnaud Destremau, album Vivant, écouter) | La prière de Charles de Foucauld se clôt sur « je remets mon âme entre vos mains », la dernière parole du Christ en croix (Luc 23, 46). Chantée par le chœur seul, elle laisse l'assemblée prier avec le défunt. | Voir la fiche |
| Dernier adieu | Je crois que mon Sauveur est vivant (SL 33-5), ou Sur le seuil de sa maison (SL 41-2) | Le premier si l'on a lu Job 19, dont il reprend la profession de foi ; le second si l'on a lu Jean 14 : la maison du Père dont la porte s'ouvre. | Voir la fiche |
| Vers la sortie | In paradisum (grégorien), puis Je vous salue Marie (Pierre-Arnaud Destremau, album Vivant, écouter) | L'In paradisum accompagne le corps. Le Je vous salue Marie est la seule prière que presque toute l'assemblée sait par cœur, et elle demande précisément ce qu'on vit : « priez pour nous, maintenant et à l'heure de notre mort ». | Voir la fiche |
Composer la feuille de messe avec ces chants
Ce tableau est une carte, pas une obligation : avec une petite équipe, gardez l'accueil, le psaume, la communion et le dernier adieu, et confiez le reste à l'orgue ou au silence.
Avec un chœur, une pièce de méditation peut encore trouver sa place, après la communion ou avant l'absoute : Somnium eternum (écouter) de Pierre-Arnaud Destremau (album Triduum, quatre minutes) fait parler le défunt lui-même : « Je dors en paix, ô mes amis, ne pleurez pas pour moi [...] maintenant je suis dans la vraie lumière. » À réserver au chœur seul, et à proposer à la famille avant, car le texte est fort. Les chants de Pierre-Arnaud Destremau ont tous une page avec l'enregistrement de Cantiamo ; pour les autres titres, le lien mène à la partition officielle chez Chantons en Église.
Le 2 novembre, la commémoration des défunts appelle un programme voisin mais distinct, détaillé dans l'article sur la Toussaint et le jour des défunts.
Le rite de la lumière
Au cœur de la célébration, le cierge pascal, allumé près du cercueil, est rappel direct de la résurrection. Il fait écho au baptême du défunt : la lumière reçue ce jour-là est rendue maintenant. Quand des proches portent des cierges allumés à la flamme du cierge pascal, la liturgie ouvre un espace qu'aucun discours ne remplace.
Musicalement, ce moment se vit dans la sobriété. Une pièce en latin (Ego sum lux mundi, Lumen Christi), un cantique très simple (Christ est lumière), ou simplement l'orgue en notes tenues : l'attention de l'assemblée est tournée vers la flamme, le chant doit la soutenir sans la couvrir.
L'absoute et l'In paradisum
L'absoute est le rite ultime avant que le cortège ne sorte de l'église : aspersion d'eau bénite, encensement, et chant d'adieu. C'est l'instant le plus délicat à porter musicalement : il scelle la séparation et confie le défunt à la miséricorde de Dieu.
Le chant traditionnel est l'In paradisum grégorien : quatre vers d'une douceur extraordinaire qui demandent aux anges de conduire l'âme au paradis. Si la schola peut le porter, il n'y a rien à inventer. Sinon : Salve Regina, Subvenite, ou un chant marial paroissial accessible.
L'éloge funèbre, où, quand
L'éloge funèbre (mot d'un proche) n'est pas une partie de la messe. Sa place liturgique propre est avant la messe (accueil), ou après la communion / avant l'absoute : jamais à la place de l'homélie. Une à deux interventions courtes (3 minutes maximum), pas davantage. La musique l'encadre : un orgue méditatif avant et après suffit.
Avec la famille
- Demandez s'il y a une pièce qui comptait pour le défunt : quand c'est possible liturgiquement.
- Limitez à 4 ou 5 chants : la simplicité est ici une force.
- Prévoyez un musicien fiable : ce n'est pas le jour des hésitations.
Besoin d'un chant sur mesure pour votre célébration ? Écrivez-moi.