L'Immaculée Conception : quels chants pour la solennité du 8 décembre

La solennité de l'Immaculée Conception tombe le 8 décembre, en plein Avent. Elle ne célèbre pas la conception de Jésus mais celle de Marie, préservée du péché originel dès le premier instant de son existence. Deux conséquences pour le répertoire : le Gloria revient, lui qui est absent des dimanches de l'Avent, et les textes doivent dire la grâce reçue et le oui de l'Annonciation, Évangile du jour, pas la naissance de Jésus.

Le dogme, proclamé en 1854 par Pie IX, affirme que Marie a été préservée du péché originel dès le premier instant de son existence. On chante donc la première des rachetés, une créature tout entière disponible à Dieu, et pas encore la mère du Sauveur. Cette nuance n'est pas un détail de théologien : elle vous dit quel registre tenir.

Cet article donne une trame de célébration, chant par chant, avec un répertoire concret. Il prolonge ce que vous avez déjà sur les chants à la Vierge Marie, et il tient compte d'une difficulté propre à cette solennité : elle interrompt la sobriété de l'Avent sans la contredire.

Une fête mariale au milieu de l'Avent

Tout le problème du 8 décembre tient dans cette tension de calendrier. L'Avent est un temps sobre, en attente, aux ornements violets. L'Immaculée Conception est une solennité mariale, en blanc, festive. Vous ne pouvez pas traiter ce jour comme un dimanche ordinaire de l'Avent, et vous ne pouvez pas non plus le sortir complètement du temps qui l'entoure.

Deux repères concrets. D'abord, le Gloria se chante ce jour-là. C'est une solennité, et le Gloria, absent des dimanches de l'Avent, refait surface. Beaucoup d'assemblées sont déroutées de le retrouver au milieu du temps. Annoncez-le, préparez-le, c'est un signe fort de la fête. Ensuite, gardez en tête que la couleur mariale ne doit pas effacer l'attente de l'Avent. Marie est justement la figure de cette attente, celle qui porte et qui espère. Un répertoire réussi relie les deux plutôt que de les opposer.

Les lectures du 8 décembre

Elles sont les mêmes chaque année, et elles font tout le travail de choix. La Genèse (3, 9-15.20) annonce l'hostilité entre le serpent et « la femme », celle qu'Adam nomme Ève, « la mère de tous les vivants ». Le psaume 97 a pour refrain : « Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles. » Saint Paul (Éphésiens 1, 3-6.11-12) dit que Dieu « nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde », « à la louange de gloire de sa grâce ». Et l'Évangile est celui de l'Annonciation (Luc 1, 26-38), avec pour verset d'Alléluia la salutation de l'ange : « Je te salue, Marie, Comblée-de-grâce : le Seigneur est avec toi. »

Ce qu'il faut retenir pour le répertoire : la fête célèbre la conception de Marie, mais l'Évangile lu ce jour-là raconte l'Annonciation. Les chants qui reprennent la salutation de l'ange sont donc pleinement à leur place. Ce qui est hors sujet, c'est la naissance de Jésus : elle viendra dans dix-sept jours.

Le programme, chant par chant

MomentChantPourquoi celui-làFiche
EntréeVierge sainte, Dieu t'a choisie (V 136)« Dieu t'a choisie depuis toute éternité » : c'est la phrase de Paul, choisis « avant la fondation du monde », appliquée à Marie, et c'est exactement le cœur du dogme. Ample et connu de la plupart des assemblées. Le refrain monte : si le sommet dépasse le ré, transposez d'un ton, comme expliqué dans l'article sur l'ambitus.Voir la fiche
GloriaCelui que l'assemblée chantait avant l'AventC'est une solennité : le Gloria, absent des dimanches de l'Avent, revient ce jour-là. Annoncez-le, c'est le signe sonore de la fête.
PsaumePsaume 97, « Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles »Le psaume du lectionnaire, à ne pas remplacer par un chant marial. Refrain court porté par tous, versets au psalmiste.
Acclamation de l'ÉvangileAlleluia, Cantate omnis terra (Pierre-Arnaud Destremau, album Triduum, écouter)« Chantez, toute la terre » : l'appel du psaume qu'on vient de chanter, repris en latin. Le chantre y glisse le verset du jour, « Je te salue, Marie, Comblée-de-grâce ».Voir la fiche
Préparation des donsAve Maria (grégorien, domaine public)Les premiers mots sont ceux de l'ange dans l'Évangile qu'on vient d'entendre, « Ave Maria, gratia plena ». Une minute, en latin, par le chœur ou par tous.
CommunionDivin mystère (Pierre-Arnaud Destremau, album Ephata, écouter)La communion reste tournée vers le Christ, mais un couplet fait le lien avec la fête : « Devant toi je présente mon âme, viens l'inonder de ta très sainte grâce. » C'est la grâce « qu'il nous donne dans le Fils », dont parle Paul, et dont Marie a été comblée la première.Voir la fiche
Action de grâceLe Seigneur fit pour moi des merveillesLe Magnificat, dont le refrain reprend le mot du psaume du jour, « merveilles ». C'est Marie qui chante ce que le psaume annonçait.Voir la fiche
EnvoiAngélus de Saint-Ambroise (Pierre-Arnaud Destremau, album Ephata, écouter)« Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole » : la réponse de Marie, qui termine l'Évangile du jour. Et l'Angélus est une prière d'attente, ce qui renvoie l'assemblée dans l'Avent.Voir la fiche

Composer la feuille de messe avec ces chants

Les chants de Pierre-Arnaud Destremau sont enregistrés par le chœur Cantiamo. Chaque titre renvoie à sa fiche dans le catalogue des partitions, qui indique où se procurer la partition officielle.

Avec un chœur à l'aise, l'antienne grégorienne Tota pulchra es, Maria remplace avantageusement l'action de grâce : « et la tache originelle n'est pas en toi » y dit le dogme en toutes lettres. Pour un temps de prière à Marie après la messe, le Souvenez-vous de Pierre-Arnaud Destremau (album Ephata, écouter) met en musique la prière traditionnellement attribuée à saint Bernard.

Choisir les textes, pas seulement les mélodies

Sur une fête mariale, le risque est de se laisser porter par des mélodies aimées sans regarder de près ce qu'elles disent. Certains chants à Marie chantent sa présence au pied de la croix ou son couronnement : beaux, mais hors sujet ce jour-là. Ce que la fête demande, c'est un texte qui dit la grâce reçue, le choix de Dieu, le oui d'une créature libre. Prenez le temps de lire les couplets, pas seulement le refrain. La règle vaut toute l'année, je la rappelle dans l'article sur le choix des chants de la messe, mais elle est plus sensible encore un jour de solennité mariale.

Le programme ci-dessus vaut pour une célébration en semaine, souvent moins fournie qu'un dimanche. Si le 8 décembre tombe un dimanche, la solennité est reportée au lundi 9 : renseignez-vous auprès du curé, et gardez le même programme.

Dans beaucoup de paroisses, le 8 décembre est aussi un jour de dévotion populaire, procession, lumières aux fenêtres à Lyon et ailleurs. Le chant d'envoi peut porter cette piété sans tomber dans la mièvrerie.

Trois erreurs à éviter

La première, oublier que c'est un jour d'Avent et charger la célébration comme une fête de Marie hors sol. Le temps continue, le répertoire doit le sentir. La deuxième, confondre la fête avec la conception du Christ, et choisir des chants qui parlent de la naissance de Jésus. L'Évangile raconte l'Annonciation, mais la fête célèbre Marie préservée du péché : la crèche attendra Noël. La troisième, sortir tout l'arsenal marial d'un coup, cinq chants qui disent la même chose, jusqu'à saturer l'assemblée.

Préparer l'Immaculée Conception, c'est tenir une fête claire à l'intérieur d'un temps qui ne l'est pas moins. On célèbre une créature comblée, au milieu d'un peuple qui attend. Ceux qui ont déjà travaillé l'Assomption et la Nativité de la Vierge Marie retrouveront ici la même logique : servir Marie sans jamais la mettre à la place du Christ.

Questions fréquentes sur l'Immaculée Conception

Que célèbre l'Immaculée Conception ?

La conception de Marie, pas celle de Jésus. Le dogme, proclamé en 1854 par Pie IX, affirme que Marie a été préservée du péché originel dès le premier instant de son existence. On chante la première des rachetés, une créature tout entière disponible à Dieu.

Chante-t-on le Gloria le 8 décembre ?

Oui. C'est une solennité, et le Gloria, absent des dimanches de l'Avent, refait surface. Beaucoup d'assemblées sont déroutées de le retrouver au milieu du temps : annoncez-le et préparez-le, c'est un signe fort de la fête.

Quels chants éviter le 8 décembre ?

Ceux qui chantent la présence de Marie au pied de la croix ou son couronnement : beaux, mais hors sujet ce jour-là. Et ceux qui parlent de la naissance de Jésus, qui viennent d'une confusion avec la conception du Christ. Les chants de l'Annonciation, eux, conviennent : c'est l'Évangile du jour.

Quels chants pour l'Immaculée Conception ?

Des chants qui reprennent les lectures du jour : Vierge sainte, Dieu t'a choisie à l'entrée (« depuis toute éternité », comme dans la lettre aux Éphésiens), le psaume 97 « Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles », un Ave Maria grégorien à la préparation des dons (la salutation de l'ange dans l'Évangile), Le Seigneur fit pour moi des merveilles en action de grâce, et l'Angélus à l'envoi, qui reprend « Voici la servante du Seigneur ».

Comment concilier la fête et la sobriété de l'Avent ?

En reliant les deux plutôt qu'en les opposant. Marie est justement la figure de l'attente, celle qui porte et qui espère. L'envoi est le bon endroit pour faire ce lien : un chant qui relie sa disponibilité à celle que l'Avent nous demande.

Le reste, c'est le soin de la répétition, qui ne se règle pas la veille au soir.
← Retour au blog