Jeudi Saint : la musique de la Cène

Le Jeudi Saint ouvre le Triduum. Trois moments commandent tout. Le Gloria revient ce soir avec les cloches, avant de se taire jusqu'à Pâques : donnez-lui de l'éclat. Le lavement des pieds appelle un chant doux sur le service, du type « Ubi caritas », dont la durée ne se maîtrise pas. La procession au reposoir se fait sur le « Pange lingua ». Puis, au dépouillement de l'autel, le silence.

Le Gloria de ce soir : un événement à traiter comme tel

C'est le seul Gloria du Carême, et il porte une charge particulière : les cloches sonnent, l'orgue se déploie, puis tout se taira jusqu'à la Vigile pascale. Cette sonnerie est un signal liturgique, pas un ornement.

Deux conséquences pratiques. Prenez votre Gloria le plus ample, y compris s'il est plus exigeant que celui du temps ordinaire, car c'est le moment où l'effort se justifie. Et prévenez l'assemblée du silence qui suit, ne serait-ce que par une mention à la feuille de messe : beaucoup ignorent que l'orgue se taira, et l'entendre expliqué transforme leur écoute du Vendredi.

Le lavement des pieds : une durée que vous ne maîtrisez pas

C'est la difficulté technique du soir. Le rite peut durer trois minutes ou douze, selon le nombre de personnes, la disposition des lieux et le rythme du célébrant. Vous ne pouvez pas le savoir à l'avance avec précision.

La seule forme qui absorbe cette incertitude est la forme litanique ou à refrain, dont on ajoute ou retire des strophes en direct. Le missel propose pour ce rite des antiennes tirées de Jean 13, dont Mandatum novum : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » L'Ubi caritas, qu'on entend souvent ici, est prévu par le missel un peu plus tard, pendant la procession des dons pour les pauvres. Les deux se tiennent, mais si vous n'avez qu'un chant pour le lavement, prenez celui qui cite l'Évangile qu'on vient de lire. Prévoyez plus de strophes que nécessaire, et une fin possible après chaque refrain.

Le registre est doux, presque murmuré. C'est un moment de service et d'humilité, pas un moment d'éclat : l'assemblée regarde plus qu'elle ne chante.

La procession au reposoir

Le Saint-Sacrement est porté vers le lieu de la réserve eucharistique, et la procession traverse l'église, parfois le cloître ou une chapelle latérale. Le Pange lingua de saint Thomas d'Aquin est le chant propre de ce moment.

Un détail que beaucoup ignorent et qui change la conduite du chant : les deux dernières strophes du Pange lingua constituent le Tantum ergo. Elles se chantent à l'arrivée au reposoir, au moment de l'encensement. Il faut donc calibrer le nombre de strophes pour que ces deux-là tombent au bon endroit, ce qui suppose de savoir combien de temps prend le trajet. Repérez-le à l'avance.

Comme pour le lavement des pieds, gardez de la souplesse : mieux vaut une strophe de réserve qu'un silence pendant que le cortège finit d'avancer.

Le dépouillement de l'autel : ne rien faire

Après la procession, l'autel est dépouillé, les nappes retirées, les croix voilées ou enlevées. Aucune musique. C'est un des rares moments de la liturgie où le silence est prescrit et non simplement toléré.

La tentation d'un fond sonore méditatif est forte, et il faut y résister. Le silence pendant que l'église se dénude est ce qui prépare le Vendredi Saint. Le remplir revient à annuler la progression du Triduum.

L'adoration qui suit

Beaucoup de paroisses proposent un temps d'adoration au reposoir, parfois jusqu'à minuit. Le registre est intérieur et répétitif : refrains courts repris longuement, psalmodie, silences longs. C'est le moment où un petit groupe de chanteurs suffit largement, et où l'on n'a besoin d'aucune pièce nouvelle.

Si votre chorale a chanté toute la messe, ne lui demandez pas d'assurer aussi deux heures d'adoration. Confiez ce temps à quelques voix qui se relaient, et gardez les forces pour la suite : le Vendredi Saint et surtout la Vigile pascale demandent une chorale disponible.

Les textes du 25 mars 2027, et le programme qui en découle

Les lectures de la messe en mémoire de la Cène ne changent pas d'une année à l'autre : Exode 12 (l'agneau de la Pâque), le psaume 115, « La coupe de bénédiction est communion au sang du Christ », la première lettre aux Corinthiens 11, 23-26 (le plus ancien récit de l'institution : « Ceci est mon corps, qui est pour vous ») et Jean 13, 1-15, le lavement des pieds. Le verset de l'acclamation est Jean 13, 34, le commandement nouveau. Tout le programme tient entre ces deux pôles : la coupe et le service.

MomentChantPourquoi celui-làFiche
EntréeNos autem gloriari (introït grégorien), ou un chant de la croix que l'assemblée connaîtL'introït du jour cite Galates 6, 14 : « Nous ne voulons tirer gloire que de la croix de notre Seigneur Jésus Christ. » Dès l'ouverture, la Cène est placée sous le signe du lendemain.
GloriaLe plus ample de votre répertoire, avec les clochesIl ne reviendra qu'à la Vigile pascale. C'est le moment où l'effort se justifie.
PsaumePsaume 115, « La coupe de bénédiction est communion au sang du Christ »Le refrain fait le lien direct avec la deuxième lecture. Une mise en musique libre du même psaume existe chez J'élèverai la coupe du salut (Adrien Cavarec) ; son refrain est le verset 13 et non celui du lectionnaire : demandez l'accord du célébrant.
Lavement des piedsCommandement nouveau (Pierre-Arnaud Destremau, album Triduum, écouter)Son refrain est l'antienne Mandatum novum, Jean 13, 34, que le missel propose pour ce rite et que l'acclamation vient de faire entendre. Le deuxième couplet ajoute le verset suivant : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples. » Si le rite s'allonge, enchaînez sur l'Ubi caritas.Voir la fiche
Procession des donsUbi caritas (grégorien), ou Ubi Caritas (Fr. Marie-Augustin, op)C'est la place que lui donne le missel, avec la procession des dons pour les pauvres : « Là où sont la charité et l'amour, Dieu est présent. »Voir la fiche
CommunionOffrande divine (Pierre-Arnaud Destremau, album Triduum, écouter)Le refrain cite les paroles de l'institution, « Prenez et mangez, car ceci est mon corps », que l'assemblée a entendues dans 1 Corinthiens 11. Les couplets suivent le récit de la Cène jusqu'à la coupe de l'alliance. Variante : Divin mystère (Pierre-Arnaud Destremau, album Ephata, écouter), « Voici le corps et le sang ».Voir la fiche
Procession au reposoirPange lingua, conclu par le Tantum ergoLe chant propre du moment, calibré pour que les deux dernières strophes tombent à l'arrivée.Voir la fiche
Adoration au reposoirVivre d'amour (Pierre-Arnaud Destremau, album Triduum, écouter), puis Adoramus Te (Pierre-Arnaud Destremau, album Triduum, écouter)Le poème de Thérèse de Lisieux commence par « Au soir d'Amour, parlant sans parabole, Jésus disait : Si quelqu'un veut m'aimer... », c'est-à-dire Jean 14, 23, une parole de ce soir-là. On le chante pendant la nuit même où elle a été dite. L'Adoramus Te, refrain d'une seule ligne, convient aux voix qui se relaient tard.Voir la fiche
Dépouillement de l'autelRienLe silence est prescrit.

Composer la feuille de messe avec ces chants

Un seul chant exigeant sur la soirée, et ce sera le Gloria. Les chants de Pierre-Arnaud Destremau cités ici sont tous enregistrés par le chœur Cantiamo sur l'album Triduum, consacré à ces trois jours.

Rappel : ne diffusez de partitions ou de paroles que pour des œuvres du domaine public, vos propres compositions, ou des œuvres dûment autorisées.

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Questions fréquentes

Quels chants pour le Jeudi Saint (Cène) ?

Ceux qui suivent les textes du soir : le psaume 115, « La coupe de bénédiction est communion au sang du Christ » ; au lavement des pieds, un chant sur Jean 13, 34, comme Commandement nouveau ; l'Ubi caritas à la procession des dons, comme le prévoit le missel ; à la communion, un chant sur les paroles de l'institution (Offrande divine, Divin mystère) ; le Pange lingua jusqu'au reposoir.

Le Gloria est-il chanté le Jeudi Saint ?

Oui, et avec éclat : les cloches sonnent pendant ce Gloria, puis elles se taisent jusqu'au Gloria de la Vigile pascale. Entre les deux, ni cloches ni orgue. C'est l'un des moments musicaux les plus émouvants de l'année liturgique.

Pourquoi un silence à la translation au reposoir ?

Après la communion, le Saint-Sacrement est porté au reposoir sur le Pange lingua, puis l'autel est dépouillé en silence. Le Christ « monte au jardin » : c'est une veillée nocturne qui commence, pas une fin de messe ordinaire.

Quel chant pour le lavement des pieds ?

Une forme litanique ou à refrain, car la durée du rite est imprévisible : trois minutes ou douze. Le missel propose des antiennes tirées de Jean 13, dont Mandatum novum, « Je vous donne un commandement nouveau ». L'Ubi caritas y est souvent chanté, mais le missel le place à la procession des dons. Prévoyez plus de strophes que nécessaire et une sortie possible après chaque refrain.

Le Tantum ergo est-il un chant différent du Pange lingua ?

Non : les deux dernières strophes du Pange lingua constituent le Tantum ergo. Elles se chantent à l'arrivée au reposoir, au moment de l'encensement. Il faut donc calibrer le nombre de strophes pour qu'elles tombent au bon endroit, ce qui suppose d'avoir chronométré le trajet de la procession à l'avance.

Faut-il chanter pendant le dépouillement de l'autel ?

Non, aucune musique. C'est l'un des rares moments où le silence est prescrit et non simplement toléré. La tentation d'un fond sonore méditatif est forte, mais le silence pendant que l'église se dénude est précisément ce qui prépare le Vendredi Saint. Le remplir annule la progression du Triduum.

Chants liés à cet article

Les chants de l'album Vivant et Ephata les plus pertinents pour ce thème.

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