Vendredi Saint : chanter la Passion

Le Vendredi Saint est un jour sans messe, tout en sobriété. La musique y est rare, nue, essentielle : elle accompagne la Croix.

Une liturgie dépouillée

Pas d'orgue triomphant, pas d'effets. Le chant est a cappella, ou presque. Cette nudité est le message.

Les moments

La Passion

Souvent chantée ou lue à plusieurs voix ; les interventions de la foule peuvent être confiées à la chorale.

L'adoration de la Croix

Les « Impropères » ou un chant sobre accompagnent le dévoilement et la vénération. C'est le cœur musical du jour.

Communion

Un chant très simple, presque chuchoté.

Conseil

Moins, c'est plus. Un seul beau chant a cappella marquera davantage qu'une succession de pièces.

Ce n'est pas une messe, et cela change tout

Point de départ indispensable, souvent ignoré : le Vendredi Saint est le seul jour de l'année où l'Église ne célèbre pas l'eucharistie. Il n'y a pas de consécration. La communion se fait avec les espèces consacrées la veille, au Jeudi Saint.

Concrètement, pour le programme musical, cela supprime d'un coup une grande partie de ce que vous chantez d'habitude. Pas de Gloria, pas d'Alléluia, pas de Credo, et surtout ni Sanctus ni Agnus Dei, puisqu'il n'y a pas de prière eucharistique. Beaucoup de paroisses les chantent par habitude, ce qui est un contresens liturgique.

La célébration comporte trois parties : la liturgie de la Parole avec le récit de la Passion et la grande prière universelle, l'adoration de la Croix, et la communion.

L'orgue et le silence

L'orgue ne joue pas, sinon pour soutenir discrètement le chant quand c'est indispensable. Aucune pièce solo, aucun prélude, aucune sortie. Cette privation n'est pas une punition, c'est le langage du jour : le dépouillement dit le mystère mieux qu'un discours.

Conséquence directe : vos chanteurs vont travailler a cappella, sans le filet de l'accompagnement. La justesse devient le seul enjeu technique, et elle se prépare. Un chœur habitué à l'appui de l'orgue doit répéter sans lui plusieurs semaines avant, sinon il découvrira le jour même qu'il ne tient pas la hauteur.

La Passion selon saint Jean

Le récit du Vendredi Saint est toujours celui de saint Jean, quelle que soit l'année du cycle liturgique. C'est une différence avec les Rameaux, où le récit change selon l'année.

La répartition entre trois voix, narrateur, Christ, autres personnages, est la solution la plus courante. Le chœur peut assurer les interventions de la foule, sur une formule brève. Mais la règle du jour s'applique ici plus qu'ailleurs : si ce n'est pas parfaitement en place, ne le faites pas. Une Passion lue avec des silences justes est bien supérieure à une Passion habillée maladroitement.

Un moment mérite une attention particulière : la mention de la mort du Christ, suivie d'un temps de génuflexion silencieuse de toute l'assemblée. Aucune musique ne doit s'y glisser.

L'adoration de la Croix : le cœur musical du jour

C'est le sommet de la célébration, et le seul moment où vous avez réellement besoin d'un beau chant tenu longtemps, puisque toute l'assemblée vient vénérer la Croix un par un. La durée est donc proportionnelle au nombre de fidèles, et elle peut être considérable.

Le dévoilement se fait en trois stations, avec l'acclamation « Voici le bois de la Croix » chantée trois fois, chaque fois plus haut, l'assemblée répondant « Venez, adorons ». Cette montée progressive est un des gestes musicaux les plus efficaces de toute l'année : préparez les trois hauteurs, ne les improvisez pas.

Pour la vénération elle-même, le répertoire propre est riche. Les Impropères, ces reproches du Christ à son peuple, sont le chant traditionnel du moment. Le Crux fidelis et le Vexilla Regis conviennent parfaitement, tout comme le Stabat Mater, dont la forme strophique permet d'ajuster la durée à volonté.

C'est précisément cette élasticité qu'il faut privilégier : une pièce à strophes ou à refrain, dont on ajoute autant de sections que nécessaire. Prévoyez aussi une seconde pièce en réserve si la file est longue.

La communion, puis rien

Un chant très simple, presque chuchoté, sur un texte eucharistique ou de la Passion. Puis la célébration se termine sans bénédiction solennelle et sans chant d'envoi. L'assemblée sort en silence.

Ne cédez pas à la tentation d'un dernier chant. Ce silence de sortie fait partie du Triduum, il ouvre sur le samedi saint, jour sans liturgie, et il prépare l'explosion de la Vigile pascale.

Un programme réaliste

Entrée : aucune, les ministres entrent en silence et se prosternent. Passion selon saint Jean : lue à trois voix, turba au chœur seulement si elle est sûre, silence à la mort du Christ. Prière universelle solennelle : les intentions peuvent être chantées ou lues. Dévoilement : « Voici le bois de la Croix », trois fois, en montant. Vénération : Impropères ou Crux fidelis, forme à strophes, avec une pièce de réserve. Communion : un chant très bref. Sortie : silence.

Total : deux pièces vraiment travaillées, l'acclamation du dévoilement et le chant de vénération. C'est tout, et c'est suffisant. Voir aussi le Jeudi Saint pour la veille, et le Carême pour le chemin qui y conduit.

Rappel : ne diffusez de partitions ou de paroles que pour des œuvres du domaine public, vos propres compositions, ou des œuvres dûment autorisées.

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Questions fréquentes

Quels chants pour le Vendredi Saint ?

Sobriété maximale, pas de Gloria, pas d'Alléluia, pas d'orgue (sauf pour soutenir le chant). Pièces essentielles : Stabat Mater, Vexilla Regis, O crux fidelis, les Impropères (au moment de la vénération de la croix). De Profundis (Ps 130) en fin d'office.

Peut-on chanter pendant la vénération de la croix ?

Oui, et c'est même prévu : la procession des fidèles vers la croix s'accompagne de chants méditatifs, O crux fidelis, les Impropères chantés par la schola, ou Adoramus Te. Le silence entre les pièces fait partie de l'office.

Y a-t-il une communion au Vendredi Saint ?

Pas de consécration ce jour-là : c'est le seul jour de l'année. Mais on distribue les espèces consacrées le Jeudi Saint : c'est la communion des présanctifiés. Un chant intérieur (Adoramus Te, Ave Verum) l'accompagne, sans Sanctus ni Agnus.

Que ne chante-t-on pas le Vendredi Saint ?

Puisqu'il n'y a pas de prière eucharistique, il n'y a ni Sanctus ni Agnus Dei, et beaucoup de paroisses les chantent par habitude, ce qui est un contresens. S'y ajoutent l'absence de Gloria, d'Alléluia et de Credo. La célébration comporte trois parties : la Parole avec la Passion et la prière universelle solennelle, l'adoration de la Croix, la communion.

Comment chanter « Voici le bois de la Croix » ?

Le dévoilement se fait en trois stations, et l'acclamation se chante trois fois, chaque fois plus haut, l'assemblée répondant « Venez, adorons ». Cette montée progressive est l'un des gestes musicaux les plus efficaces de l'année : préparez les trois hauteurs à l'avance, ne les improvisez pas le jour même.

Quelle pièce pour la vénération de la Croix ?

Une pièce à durée élastique, car toute l'assemblée vient vénérer un par un : la longueur dépend du nombre de fidèles. Les Impropères sont le chant traditionnel ; le Crux fidelis, le Vexilla Regis et le Stabat Mater conviennent aussi, leur forme strophique permettant d'ajuster à volonté. Prévoyez une seconde pièce en réserve si la file est longue.

L'orgue joue-t-il le Vendredi Saint ?

Non, sinon pour soutenir discrètement le chant quand c'est indispensable : aucune pièce solo, aucun prélude, aucune sortie. Vos chanteurs travailleront donc a cappella, sans filet. Un chœur habitué à l'appui de l'orgue doit répéter sans lui plusieurs semaines avant, sinon il découvrira le jour même qu'il ne tient pas la hauteur.

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