Le lucernaire : la montée en trois stations
Le premier temps se déroule dans l'obscurité. Le feu est béni, le cierge pascal allumé, puis la procession entre dans l'église. L'acclamation « Lumière du Christ » est chantée trois fois, chaque fois plus haut, l'assemblée répondant « Nous rendons grâce à Dieu », et les cierges s'allument de proche en proche.
Ce geste est d'une efficacité redoutable, à condition de préparer les trois hauteurs. Le piège classique est de partir trop haut à la première station et de se retrouver coincé à la troisième. Partez plus bas que votre instinct ne le suggère.
L'Exsultet : la pièce à ne pas improviser
C'est le sommet du premier temps, et de loin la pièce la plus exigeante de toute l'année liturgique. Longue, chantée a cappella, généralement par un diacre ou un chantre seul, dans une église encore dans la pénombre.
Trois exigences. Une voix qui tient la justesse sans aucun appui pendant plusieurs minutes, ce qui élimine beaucoup de candidats. Une diction qui fait comprendre un texte magnifique mais dense. Et une préparation réelle : ce n'est pas une pièce qu'on déchiffre la semaine d'avant.
Si vous n'avez personne capable de l'assurer, deux solutions honnêtes existent. Utiliser la forme brève, qui est prévue. Ou faire proclamer le texte en le soutenant par une psalmodie très simple. Un Exsultet approximatif chanté par quelqu'un qui souffre est plus pénible pour tous qu'une proclamation digne.
La liturgie de la Parole : sept lectures, et un choix à faire
La Vigile propose sept lectures de l'Ancien Testament, chacune suivie d'un psaume. Le nombre peut être réduit pour des raisons pastorales, mais deux règles ne bougent pas : il faut en conserver au moins trois, et la lecture du passage de la mer Rouge (Exode 14) ne s'omet jamais, avec son cantique propre.
C'est ici que se joue la réussite ou l'échec de votre Vigile, car c'est le temps le plus long et celui où l'assemblée peut décrocher. Trois principes.
Variez les climats sans rompre le recueillement. Alterner une antienne chantée par tous, une psalmodie au chantre, un cantique plus ample. Sept psaumes traités de la même façon produisent une lassitude garantie.
Restez sobre. Nous sommes encore avant le Gloria. La tentation d'anticiper la joie pascale casse la progression.
Utilisez des antiennes très courtes. L'assemblée est debout depuis longtemps, souvent avec un cierge en main et sans partition lisible dans la pénombre. Voir l'article sur le psaume responsorial pour la mise en œuvre.
Le Gloria et l'Alléluia : le seul vrai sommet
Le Gloria revient après le silence du Carême, avec les cloches et l'orgue déployé. C'est le moment que toute la Vigile prépare, et il doit être le plus ample de votre répertoire.
Puis vient l'Alléluia pascal, chanté par le célébrant ou le chantre, trois fois en montant, comme les acclamations du début. La cohérence de ce geste répété tout au long de la nuit, de la lumière à l'Alléluia, est l'une des beautés de cette liturgie.
Un conseil de gestion des forces : c'est ici, et nulle part ailleurs, que votre chorale doit donner son maximum. Si elle a tout dépensé pendant les sept psaumes, l'effet manquera.
La liturgie baptismale
La litanie des saints accompagne la procession vers les fonts. Sa forme litanique est exactement ce qu'il faut : on ajoute ou retire des invocations selon la durée réelle du déplacement, sans que personne ne s'en aperçoive.
S'il y a des baptêmes d'adultes, prévoyez un chant pour l'immersion ou l'aspersion, et sachez que ce moment est imprévisible en durée. Puis l'aspersion de l'assemblée, souvent sur un chant baptismal comme le Vidi aquam ou un équivalent français. Sur le répertoire baptismal, voir quels chants pour un baptême.
La Vigile du 27 au 28 mars 2027 : le programme, chant par chant
La nuit de 2027 (année B) suit les sept lectures de l'Ancien Testament, de la création (Genèse 1) au cœur nouveau d'Ézéchiel 36, puis l'épître aux Romains 6, 3-11 (« baptisés dans le Christ Jésus, c'est dans sa mort que nous avons été baptisés »), le psaume 117 avec le grand Alléluia, et Marc 16, 1-7 : les femmes au tombeau, la pierre roulée, le jeune homme vêtu de blanc. L'Évangile change selon l'année : Matthieu 28 en A, Marc 16 en B, Luc 24 en C.
| Moment | Chant | Pourquoi celui-là | Fiche |
|---|---|---|---|
| Lucernaire | « Lumière du Christ », trois fois en montant, puis l'Exsultet | Le rite lui-même ; rien à ajouter. | |
| Après l'Exode 14 | Le cantique de Moïse (Exode 15) | La seule lecture qu'on n'omet jamais, avec son cantique propre. | |
| Après Isaïe 55 | Le cantique d'Isaïe 12 | « Vous puiserez les eaux aux sources du salut. » Exultez de joie (Pierre-Arnaud Destremau, album Triduum, écouter) en est une mise en musique, mais son refrain chante l'Alléluia : gardez-le pour le temps pascal, l'Alléluia ne revient qu'après l'épître. | |
| Gloria | Le plus ample de votre répertoire, avec les cloches | Le sommet attendu depuis le Jeudi Saint. | |
| Après l'épître | L'Alléluia solennel, trois fois en montant, avec le psaume 117 | « Le bras du Seigneur se lève, le bras du Seigneur est fort » : le psaume de la victoire pascale. | |
| Procession aux fonts | Litanie des saints | Sa forme s'ajuste à la durée du déplacement. | Voir la fiche |
| Remise du cierge, s'il y a des baptêmes | Ego sum lux mundi (Pierre-Arnaud Destremau, album Vivant, écouter) | Une antienne latine de deux minutes sur Jean 8, 12, « Je suis la lumière du monde ; qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres », chantée au moment où les nouveaux baptisés reçoivent une flamme prise au cierge pascal allumé au début de la nuit. | Voir la fiche |
| Aspersion | Baptisés du Seigneur (Pierre-Arnaud Destremau, album Ephata, écouter), ou J'ai vu l'eau vive | Après la rénovation des promesses, toute l'assemblée se souvient de son baptême : « Réjouissez-vous tous les baptisés du Seigneur, car vous portez en vous la lumière du Christ. » C'est l'épître aux Romains mise en refrain. J'ai vu l'eau vive est la version française du Vidi aquam. | Voir la fiche |
| Communion | Resurrexit (Pierre-Arnaud Destremau, album Triduum, écouter) | Le premier couplet est l'Évangile de la nuit : « Devant la pierre roulée sans bruit, et le tombeau vidé de son corps, les femmes étaient désemparées. » Ses deux hommes « brillant de clarté » viennent de Luc ; en année B, Marc n'en compte qu'un, la différence ne gêne personne. | Voir la fiche |
| Envoi | Regina caeli | L'antienne mariale du temps pascal, chantée pour la première fois de l'année. | Voir la fiche |
Composer la feuille de messe avec ces chants
Le dimanche matin n'est pas la Vigile
Erreur fréquente : reproduire au matin de Pâques le programme de la nuit. Les deux célébrations n'ont ni la même durée, ni la même assemblée, ni la même dramaturgie. Le dimanche matin, l'assemblée est nombreuse, composite, avec beaucoup de personnes qui viennent une ou deux fois par an. Le programme doit donc être plus court et plus fédérateur.
Les textes du jour, eux, sont fixes : Actes 10 (« Dieu l'a ressuscité le troisième jour »), le psaume 117, « Voici le jour que fit le Seigneur, qu'il soit pour nous jour de fête et de joie ! », Colossiens 3, 1-4 (« recherchez les réalités d'en haut ») et Jean 20, 1-9 : Marie de Magdala au tombeau, Pierre et l'autre disciple qui courent. Le soir, l'Évangile peut être celui d'Emmaüs (Luc 24, 13-35).
| Moment | Chant | Pourquoi celui-là | Fiche |
|---|---|---|---|
| Entrée | Criez de joie, Christ est ressuscité (Communauté de l'Emmanuel) | Le refrain dit l'Évangile du tombeau vide en une ligne : « Il est vivant comme il l'avait promis ». Ce matin, l'entrée sert l'assemblée la plus nombreuse de l'année, pas le chœur. | Voir la fiche |
| Psaume | Psaume 117, « Voici le jour que fit le Seigneur » | Le refrain le plus connu du temps pascal, repris tous les jours de l'octave. | |
| Séquence | Victimae paschali laudes | Obligatoire ce jour-là, avant l'Alléluia. Son dialogue, « Dic nobis, Maria », fait écho à Marie de Magdala dans l'Évangile du jour. | |
| Acclamation | Alleluia, Pascha nostrum (grégorien), ou Alléluia pascal (Xavier Jarry) | Le verset du jour est 1 Corinthiens 5, 7-8 : « Notre Pâque immolée, c'est le Christ ! » C'est le texte même du Pascha nostrum. L'Alléluia de Xavier Jarry, sur l'air de l'O filii et filiae, sert aussi d'antienne au psaume 117 pendant tout le temps pascal. | Voir la fiche |
| Communion | Resurrexit (Pierre-Arnaud Destremau, album Triduum, écouter) | Si vous ne l'avez pas chanté à la Vigile. Son deuxième couplet, Emmaüs, « au village il rompit le pain », est l'Évangile de la messe du soir, et le geste même de la communion. | Voir la fiche |
| Envoi | Vivant (Pierre-Arnaud Destremau, album Vivant, écouter) | Les couplets racontent l'Évangile du jour presque verset par verset : « Marie de Magdala se rendit au tombeau. Il faisait encore sombre, la pierre était enlevée », puis Pierre et l'autre disciple qui courent. Le refrain, « Vivant, il est vivant ! », se retient à la première écoute et se chante en sortant. | Voir la fiche |
Composer la feuille de messe avec ces chants
Les chants de Pierre-Arnaud Destremau cités sur cette page sont enregistrés par le chœur Cantiamo ; Vivant, Ego sum lux mundi et Baptisés du Seigneur ont leur partition en accès libre sur Parfreetion. Pour le reste du temps pascal, voir les cantiques de Pâques.
Gérer la fatigue du chœur sur trois jours
Le Triduum est le seul moment de l'année où l'on chante trois célébrations exigeantes en trois jours, plus la messe du dimanche matin. Une chorale qui donne tout au Jeudi Saint arrive épuisée à la Vigile.
La répartition que je recommande : un chant travaillé au Jeudi Saint, deux au Vendredi Saint, et le maximum réservé à la Vigile. Confiez l'adoration du Jeudi soir à quelques voix qui se relaient plutôt qu'au chœur entier. Et prévoyez que certains choristes manqueront le dimanche matin : construisez ce programme pour un effectif réduit.
Besoin d'un chant sur mesure pour votre célébration ? Écrivez-moi.