Respiration et chant choral : tenir la phrase, respirer au bon endroit, respirer ensemble

Bien respirer pour chanter, c'est inspirer bas et large, par une respiration costo-abdominale qui ouvre les côtes basses et relâche le ventre, puis dépenser cet air lentement grâce au soutien des abdominaux. En chœur, on respire avec le texte, aux ponctuations, jamais au milieu d'un mot, et l'on tient les notes longues par une respiration échelonnée, chacun à un moment différent.

Respirer n'est pas s'échauffer

L'échauffement vocal de la chorale dure dix minutes et sert à mettre le corps en route avant de chanter. La respiration, elle, est une technique de fond. Elle se travaille sur des semaines, elle se vérifie dans chaque chant, et elle décide de trois choses que l'assemblée entend sans pouvoir les nommer : la justesse en fin de phrase, la continuité du son, et la clarté du texte.

Un chœur qui respire mal se reconnaît vite : fins de phrase qui baissent, attaques en retard, épaules qui montent, air qu'on entend entrer. Cela se règle en apprenant où va l'air, comment on le dépense, et où on le reprend dans la partition.

La posture : faire de la place à l'air

On ne respire bien que dans un corps disponible. Avant de parler de souffle, vérifiez la position du chanteur, debout comme assis.

  1. Les pieds à la largeur du bassin, le poids réparti sur toute la plante, les genoux souples, jamais verrouillés.
  2. Le bassin neutre : une cambrure forte bloque le bas du dos, là où les côtes doivent s'ouvrir.
  3. Le sternum légèrement haut, sans gonfler la poitrine, et il y reste pendant toute la phrase.
  4. Les épaules basses et détendues. Si elles montent quand on inspire, l'air va au mauvais endroit.
  5. La nuque longue, la partition à hauteur des yeux pour que la tête ne plonge pas.
  6. Assis, au bord de la chaise, le dos libre du dossier : affalé, on ne peut pas ouvrir les côtes arrière.

Respiration costale et abdominale : ce qui se passe vraiment

Quand on inspire, le diaphragme, ce grand muscle en forme de dôme placé sous les poumons, s'abaisse. Il repousse les organes de l'abdomen, ce qui fait avancer le ventre, et dans le même mouvement les côtes basses s'écartent sur les côtés et dans le dos. C'est cette respiration combinée, appelée costo-abdominale ou costo-diaphragmatique, que l'on cherche en chant.

Deux respirations sont à éviter. La respiration haute, dite claviculaire, soulève les épaules : elle apporte peu d'air et crispe la gorge, là où le son se forme. La respiration seulement ventrale laisse les côtes immobiles et prive le chanteur d'une partie de sa réserve.

L'expiration compte autant. Chanter, c'est freiner la sortie de l'air : les abdominaux accompagnent la remontée du diaphragme pendant que les côtes restent ouvertes. C'est le soutien, ou l'appui. Ni bloquer, ni pousser : doser.

Trois exercices pour sentir le mouvement

  1. Les mains sur les côtes. Posez les mains sur les côtes basses, pouces vers l'arrière. Inspirez lentement par le nez en cherchant à écarter les mains, sans lever les épaules. Expirez en essayant de garder les mains écartées le plus longtemps possible.
  2. Penché en avant. Assis, avant-bras posés sur les cuisses, dos rond. Dans cette position, l'air ne peut pas aller vers le haut de la poitrine : on sent le dos s'ouvrir à chaque inspiration. Redressez-vous ensuite en gardant la même sensation.
  3. Allongé, à la maison, un livre posé sur le ventre : il monte à l'inspiration et redescend lentement à l'expiration.

Gérer le souffle sur une phrase

Ne pas trop remplir. Un chanteur qui se gave d'air se raidit et lâche tout sur les premières syllabes. Remplissez sans forcer, et chantez dès la fin de l'inspiration.

Mesurer sa phrase. Chaque choriste compte à voix parlée sur un seul souffle, à débit régulier, et note le nombre obtenu. Refait chaque semaine, c'est un repère personnel, pas une compétition.

Soutenir la dernière note. La fin de phrase est le moment où l'air manque et où le son baisse. Dans l'Ave Verum de l'album Triduum (écouter), le vers « vere passum, immolatum in cruce pro homine » se termine sur « homine », repris une seconde fois. Travaillez cette fin isolément : le soutien doit augmenter quand l'air diminue.

Le son filé. Sur une note confortable, tenez une voyelle piano, enflez le son, revenez piano, d'un seul souffle : c'est le travail d'une phrase liée.

La respiration de rattrapage. Entre deux phrases rapprochées, il n'y a pas le temps d'une grande inspiration. Il suffit de relâcher le ventre d'un coup : l'air entre seul, sans bruit. Entraînez-la avec quatre « f » brefs et appuyés, suivis chacun d'un relâchement, puis appliquez-la sur un refrain rapide.

L'inspiration silencieuse. Une inspiration bruyante est presque toujours une gorge serrée. Ouvrez la bouche dans la forme de la voyelle qui suit, comme au début d'un bâillement, et laissez l'air entrer.

Où respirer dans une partition

Une respiration mal placée coupe le sens du texte, et l'assemblée ne comprend plus ce qu'elle entend.

  • Le texte d'abord. On respire aux ponctuations, aux fins de vers, entre deux propositions. Jamais au milieu d'un mot, jamais entre un article et son nom, ni entre un adjectif et le nom qu'il qualifie.
  • La musique ensuite. Les silences et les fins de phrase mélodique sont des respirations naturelles. Quand le texte et la musique se contredisent, c'est en général le texte qui gagne.
  • On prend le temps sur la note d'avant. La respiration se vole sur la fin de la note qui précède, pas sur le début de la suivante. Raccourcir légèrement la dernière syllabe permet d'attaquer la phrase suivante à temps.
  • On l'écrit au crayon. Une virgule au-dessus de la portée, au même endroit pour tout le pupitre. Une respiration décidée en répétition et notée ne se discute plus le dimanche.

Voici des propositions sur des chants réels. Elles partent du texte : vérifiez-les sur votre édition, et adaptez-les au souffle de votre chœur.

ChantPassageOù respirer, et pourquoiFiche
Ave Verum (Pierre-Arnaud Destremau, album Triduum, écouter)« Ave verum corpus natum de Maria Virgine »D'un seul souffle si le chœur le peut, avec la respiration après « Virgine ». Si la phrase est trop longue, respirez après « corpus », jamais entre « Maria » et « Virgine », qui forment un seul nom.Voir la fiche
Commandement nouveau (Pierre-Arnaud Destremau, album Triduum, écouter)« Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. »Une seule respiration, aux deux-points, qui sépare l'annonce du commandement lui-même. « Les uns les autres » ne se coupe pas : c'est le cœur du texte.Voir la fiche
Viens Esprit Saint (Pierre-Arnaud Destremau, album Ephata, écouter)« Viens Esprit Saint, toi le souffle de vie en nous, porte-nous dans ton feu »Respirez après « en nous », à la virgule. Pas après « souffle » : on couperait « le souffle de vie », ce qui serait un comble pour ce texte.Voir la fiche
Ave verum corpus (Wolfgang Amadeus Mozart)« Esto nobis praegustatum in mortis examine »Le chant entier est lié. La dernière phrase demande le plus de réserve : préparez-la par une vraie respiration avant « Esto », et ne séparez pas « mortis » de « examine ».Voir la fiche
Ubi caritas (Jacques Berthier, Taizé)La boucle « Ubi caritas et amor, ubi caritas Deus ibi est », reprise de nombreuses foisSi tout le monde respire en fin de boucle, le chant s'arrête à chaque tour. C'est le cas d'école de la respiration échelonnée, détaillée ci-dessous.Voir la fiche

La respiration échelonnée en chœur

Sur une note tenue très longue, ou sur un refrain répété en boucle, aucun chanteur ne peut tenir seul. Le chœur, lui, le peut : il suffit que chacun respire à un moment différent. C'est la respiration échelonnée, parfois appelée respiration en relais. Bien faite, elle est inaudible et le son paraît ne jamais s'interrompre.

  1. Jamais en même temps que son voisin. Dans chaque pupitre, attribuez des places : un « un, deux, trois » par rangée suffit pour commencer.
  2. Jamais sur un temps fort ni en fin de phrase prévue, là où tout le monde a envie de respirer. On respire au milieu d'une tenue, sur un temps faible.
  3. Sortir en diminuant : on laisse le son s'éteindre, on respire, puis on revient.
  4. Revenir piano, sans attaque. C'est la rentrée trop franche qui trahit la respiration.
  5. Respirer avant d'en avoir besoin. Mieux vaut respirer deux fois de trop qu'une fois trop tard.

Le Veni Sancte Spiritus de l'album Vivant (écouter) se prête bien à cet apprentissage : l'invocation « Veni Sancte Spiritus » y revient seize fois avant le couplet. Faites-la tourner, respirations organisées par rangée, yeux fermés : si l'on n'entend plus personne respirer, c'est gagné. Le Magnificat de Taizé de Jacques Berthier, chanté en canon, demande le même travail, avec une difficulté de plus : chaque voix respire à des endroits différents du texte.

Dans un chœur à plusieurs voix, elle se décide pupitre par pupitre, et sert aussi aux notes tenues de fin de chant.

Un plan de travail sur quatre semaines

La respiration ne se corrige pas en une soirée. Glissez cinq minutes de travail ciblé dans chaque répétition, après l'échauffement, et appuyez-vous chaque fois sur un chant du programme. C'est le format qui tient le mieux dans une répétition de chorale efficace.

SemaineObjectifExerciceChant support
1Respirer basMains sur les côtes, puis position penchée en avantUbi caritas, chanté lentement, une respiration à chaque boucle
2Doser l'airCompter sur un souffle, son filé sur une voyelleAve Verum, première phrase d'un seul souffle
3Placer les respirationsAnnoter la partition au crayon, pupitre par pupitreCommandement nouveau, refrain
4Respirer ensemble sans s'arrêterRespiration échelonnée par rangées, yeux fermésVeni Sancte Spiritus, les seize invocations

Les erreurs qui reviennent le plus souvent

  • Les épaules qui montent : mains sur les côtes, et une remarque bienveillante, car la plupart des choristes ne s'en rendent pas compte.
  • Tout l'air sur les premières notes : faites chanter la première mesure piano pour obliger à économiser.
  • La respiration à la barre de mesure : ce n'est pas une ponctuation, revenez au texte.
  • La rentrée en retard : le temps se prend sur la note d'avant.

Un chœur qui maîtrise son souffle chante plus juste et se fatigue moins. Surtout, il rend le texte intelligible : à la messe, c'est la première raison de bien respirer. L'acclamation de l'Évangile, que le chantre entonne et que l'assemblée reprend, en est un bon terrain d'exercice : voir notre article sur l'Alléluia de la messe.

Questions fréquentes

Faut-il inspirer par le nez ou par la bouche quand on chante ?

Les deux. Quand on a le temps, avant le début d'un chant ou pendant un silence, l'inspiration par le nez aide à respirer bas et sans bruit. Entre deux phrases rapprochées, on inspire par la bouche, ouverte dans la forme de la voyelle qui suit : c'est plus rapide, et cela prépare déjà le son.

Quelle différence entre la respiration et l'échauffement vocal ?

L'échauffement prépare le corps et la voix pendant une dizaine de minutes avant de chanter. La respiration est une technique qui se travaille sur la durée et s'applique dans chaque chant : où inspirer, comment dépenser l'air, comment respirer à plusieurs. Voir l'échauffement vocal de la chorale.

Comment respirer dans un chant où la phrase est trop longue ?

Cherchez d'abord une ponctuation dans le texte au milieu de la phrase et notez-y une respiration commune. Si le texte n'en offre pas, organisez une respiration échelonnée : chaque choriste respire à un moment différent, et la ligne ne s'interrompt jamais.

On ne respire pas pour chanter plus fort, on respire pour que la phrase aille jusqu'au bout et que le texte arrive entier à l'assemblée.
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