Kyrie, Gloria, Sanctus, Agnus : chanter l’ordinaire de la messe

Au-delà des chants « de circonstance », la messe a une colonne vertébrale : l'ordinaire. Le chanter, et bien, transforme la prière de l'assemblée.

Qu'est-ce que l'ordinaire de la messe ?

L'ordinaire regroupe les pièces dont le texte ne change pas d'une célébration à l'autre : Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei, auxquels l'usage français ajoute l'anamnèse. Face à lui, le « propre » change chaque dimanche : chant d'entrée, psaume, acclamation de l'Évangile, communion.

Cette distinction n'est pas une curiosité de sacristie, elle commande toute votre stratégie de répertoire. Le propre demande un choix nouveau chaque semaine. L'ordinaire, lui, se choisit une fois et se garde des mois. C'est le seul endroit de la messe où la répétition n'est pas une paresse mais une vertu : c'est elle qui permet à trois cents personnes de chanter sans partition.

Pourquoi chanter une messe entière plutôt que des pièces éparses

Prendre le Kyrie d'un compositeur, le Gloria d'un autre et le Sanctus d'un troisième produit une célébration qui sonne comme une compilation. Adopter un ensemble cohérent, ce qu'on appelle « une messe » (la Messe de l'Emmanuel, la Messe de Saint-Jean, une messe grégorienne), apporte trois bénéfices très concrets.

L'assemblée mémorise un ensemble, pas des fragments. Les pièces d'une même messe partagent un langage mélodique et harmonique. Qui connaît le Kyrie attrape le Sanctus plus vite, parce que l'oreille reconnaît la parenté.

L'unité musicale soutient l'unité de la prière. La messe est un seul acte, pas une succession de numéros. Une couleur sonore tenue du début à la fin le fait entendre sans qu'on ait besoin de l'expliquer.

Vous gagnez un temps de répétition considérable. Une messe apprise une fois sert cinquante dimanches. C'est le meilleur rapport entre effort et résultat de tout votre travail de chef de chœur.

Que fait chaque pièce, et comment la traiter

Chaque pièce de l'ordinaire a une fonction propre, et cette fonction dicte son traitement musical. C'est le raisonnement que j'applique aussi aux chants du propre dans l'article sur la fonction de chaque chant.

Le Kyrie

C'est une litanie, pas un chant de pénitence larmoyant. On s'adresse au Christ ressuscité pour implorer sa miséricorde, et le ton juste est celui de la supplication confiante. La forme litanique appelle une réponse brève et répétée de l'assemblée, éventuellement avec des invocations développées par un chantre. Restez court : un Kyrie qui s'étire casse l'élan de l'ouverture.

Le Gloria

C'est une hymne de louange, et c'est la pièce la plus longue de l'ordinaire. Elle est omise pendant l'Avent et le Carême, ce qui en fait un marqueur puissant : son retour à Noël et à Pâques s'entend immédiatement. Deux formes existent. La forme à refrain permet à l'assemblée de tenir un texte long, les couplets étant portés par le chœur ou un chantre. La forme continue est plus belle mais réserve le chant à ceux qui lisent la musique. Pour une paroisse ordinaire, le refrain gagne presque toujours.

Le Credo

Il est le plus souvent récité, et c'est parfaitement légitime : la profession de foi appartient à tous, la proclamer d'une seule voix parlée a sa force. Le chanter, sur le Credo III grégorien ou une version française, demande un vrai effort à l'assemblée et se justifie surtout aux dimanches solennels.

Le Sanctus

Point capital, et l'erreur la plus fréquente : le Sanctus est l'acclamation de toute l'assemblée, unie aux anges et au prêtre. Ce n'est pas une pièce de chorale. Un Sanctus polyphonique magnifique que l'assemblée écoute en silence détourne le moment de sa nature. Si vous ne devez respecter qu'une règle dans tout cet article, c'est celle-là : le Sanctus doit être chantable par tout le monde.

L'anamnèse

Brève acclamation après la consécration, elle proclame le mystère de la foi. Sa qualité est la concision : quelques mesures, un intervalle simple, rien de plus. Une anamnèse trop développée alourdit le cœur de la prière eucharistique.

L'Agnus Dei

Il accompagne la fraction du pain, c'est-à-dire un geste rituel dont la durée varie. Sa forme litanique est donc un avantage : on peut ajouter des invocations si la fraction se prolonge, ce qui arrive dès qu'il y a beaucoup de communiants ou plusieurs ministres. Prévoyez cette souplesse plutôt que de laisser un silence flottant.

Comment choisir la messe de votre paroisse

Le critère n'est pas votre goût de musicien, c'est ce que l'assemblée peut porter. Trois filtres, dans cet ordre.

L'ambitus d'abord. Chaque pièce doit tenir dans une octave, dans le médium. Une messe dont le Gloria monte trop haut sera chantée par le premier rang et subie par les autres. C'est le sujet de fond de l'article sur l'ambitus et les chants trop hauts.

La mémorisation sans partition ensuite. Testez mentalement : est-ce que quelqu'un qui entend cette pièce trois dimanches de suite peut la chanter le quatrième ? Si non, elle n'est pas faite pour l'ordinaire, quelle que soit sa beauté.

La cohérence avec le temps liturgique enfin. Une messe sobre et modale servira l'Avent et le Carême. Une messe ample et lumineuse servira les solennités. Deux messes suffisent à couvrir toute l'année.

Comment introduire un nouvel ordinaire sans perdre l'assemblée

C'est là que la plupart des projets échouent, non par mauvais choix mais par mauvaise méthode. La progression qui marche est lente et tient en quatre points.

Une seule pièce à la fois. Commencez par le Sanctus ou l'Agnus Dei : ce sont les plus courts, donc les plus vite acquis. Le Gloria, le plus long, vient en dernier.

Plusieurs dimanches de suite. Une pièce nouvelle chantée un dimanche puis abandonnée est une pièce perdue. Comptez quatre à six semaines consécutives avant qu'elle soit acquise.

Une répétition avant la messe. Deux minutes suffisent, à condition qu'elles soient régulières. C'est le geste le plus rentable de toute l'animation liturgique.

Jamais un jour de grande affluence. N'introduisez pas un ordinaire neuf à Noël, à Pâques ou à la messe de rentrée : ces jours-là, l'assemblée est composite et rouillée, elle a besoin de ce qu'elle connaît déjà.

Les quatre erreurs les plus fréquentes

Mélanger les messes. Un Kyrie ici, un Sanctus là. L'assemblée n'installe aucun réflexe et la célébration perd son unité.

Confisquer le Sanctus au chœur. Déjà dit, mais c'est l'erreur la plus répandue et la plus dommageable.

Changer trop souvent. Un nouvel ordinaire chaque trimestre garantit qu'aucun ne sera jamais su. La stabilité est le mécanisme même de la participation.

Choisir un Gloria hors de portée. C'est la pièce qui décide du succès ou de l'échec d'une messe : longue, exposée, et la première où l'assemblée décroche si l'écriture est trop exigeante.

Et si vous n'avez pas de chorale ?

L'ordinaire est justement ce qui se tient sans chorale. Un chantre solide et un instrument suffisent, parce que ces pièces sont conçues pour être portées par l'assemblée elle-même. Prenez la messe la plus simple que vous connaissiez, tenez-la sans en changer, et faites confiance à la répétition. Sur la tenue d'un groupe sans direction formée, voir faire chanter sans chef de chœur.

Rappel : ne diffusez de partitions ou de paroles que pour des œuvres du domaine public, vos propres compositions, ou des œuvres dûment autorisées.

Besoin d'un chant sur mesure pour votre célébration ? Écrivez-moi.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'ordinaire de la messe ?

L'ordinaire désigne les cinq pièces dont le texte ne change pas d'une messe à l'autre : Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei. À l'opposé, le « propre » change selon le dimanche (chants d'entrée, psaume, alléluia, offertoire, communion).

Faut-il choisir une seule messe (Saint-Boniface, Saint-Jean, Glorious) ?

Oui, dans la mesure du possible. L'unité d'une messe, toutes les pièces d'ordinaire du même compositeur, donne une cohérence sonore à la célébration. Si la chorale en connaît plusieurs, choisir celle qui colle au temps liturgique (Saint-Jean en Avent/Carême plus simple, Glorious aux solennités).

Faut-il chanter le Credo ?

Le Credo récité est légitime et fréquent : il appartient à la profession de foi commune. Le chanter (sur Crédo III grégorien, ou en français) demande un effort de l'assemblée et n'est pleinement justifié que les dimanches solennels.

Pourquoi ne chante-t-on pas le Gloria pendant l'Avent et le Carême ?

Le Gloria est omis durant ces deux temps de préparation, ce qui leur donne leur sobriété propre. L'effet est très utile musicalement : son retour à Noël et à Pâques s'entend immédiatement, sans qu'on ait besoin de l'annoncer. Il reste chanté aux solennités qui tombent dans ces temps.

La chorale peut-elle chanter le Sanctus seule ?

Non, c'est l'erreur la plus fréquente. Le Sanctus est l'acclamation de toute l'assemblée, unie au prêtre. Une belle polyphonie que l'assemblée écoute en silence change la nature du moment. Gardez les pièces de chœur pour l'offertoire ou l'action de grâce, où elles ont toute leur place.

Combien de temps faut-il pour installer un nouvel ordinaire ?

Comptez un trimestre pour l'ensemble, en introduisant une pièce à la fois. Commencez par le Sanctus ou l'Agnus Dei, les plus courts, et gardez le Gloria pour la fin. Chaque pièce doit revenir quatre à six dimanches consécutifs, avec deux minutes de répétition avant la messe. Et jamais un jour de grande affluence.

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