Remettons les choses en place, puis voyons comment le chanter concrètement, avec les moyens d'une paroisse ordinaire.
Ce que le psaume est, et ce qu'il n'est pas
Le psaume responsorial n'est pas un chant de méditation inséré entre deux lectures. Il est lui-même Parole de Dieu : un texte biblique, choisi par le lectionnaire pour répondre à la première lecture et la prolonger. C'est le seul moment de la messe où l'assemblée chante l'Écriture elle-même, et non un texte composé à partir d'elle.
Sa forme dit sa fonction : responsoriale, c'est-à-dire construite sur l'alternance entre un psalmiste qui proclame les versets et une assemblée qui répond par l'antienne. L'assemblée n'écoute pas un chant : elle participe à la proclamation. C'est la même logique que la forme du refrain répété que j'ai décrite pour le chant de communion, un texte porté par un soliste et une réponse brève que tout le monde peut mémoriser, mais ici avec un statut supérieur, puisque le texte est biblique.
Deux conséquences pratiques découlent de ce statut. D'abord, le psaume se proclame à l'ambon, comme les lectures, pas depuis le pupitre de l'animateur ni du fond du chœur. Ensuite, on ne remplace pas le psaume du jour par un autre chant, si beau soit-il. La Présentation Générale du Missel Romain permet certains psaumes communs par temps liturgique, mais la substitution par un cantique paraphrasé fait perdre à l'assemblée le texte même que la liturgie lui donnait à prier.
Le psalmiste : un rôle propre, pas un bouche-trou
Dans beaucoup de paroisses, le psaume échoit au lecteur de la première lecture, ou à celui qui veut bien. C'est le confondre avec une lecture de plus. Le psalmiste exerce un rôle liturgique propre, qui demande des aptitudes précises : une voix qui porte et qui tient juste sans accompagnement, une diction qui fait comprendre chaque mot, et cette retenue particulière qui consiste à servir le texte sans se mettre en avant.
Toute chorale compte une ou deux voix capables de cela. Pas forcément les plus belles voix, mais les plus stables. Constituez une petite équipe de psalmistes, deux ou trois personnes qui tournent, et donnez-leur le texte du psaume dès le début de semaine. Un psaume bien proclamé se prépare : il faut avoir compris le texte pour le faire entendre.
Le psalmiste n'est pas non plus l'animateur. L'animateur, dont j'ai décrit le rôle dans l'article sur l'animation de l'assemblée, lance et soutient le chant de tous ; le psalmiste proclame un texte que l'assemblée reçoit et auquel elle répond. Les deux gestes sont différents, et quand la même personne fait les deux, elle doit changer de posture, littéralement : l'antienne se donne face à l'assemblée, les versets se proclament comme une lecture.
Choisir l'antienne : le critère de la première écoute
L'antienne est la partie de l'assemblée. Elle doit donc pouvoir être reprise après une seule écoute, par des gens qui ne lisent pas la musique et n'ont pas de partition en main. Cela impose des choix stricts.
Un ambitus resserré : une sixte au maximum, dans le médium. L'antienne qui monte au ré aigu exclut la moitié de l'assemblée d'un moment qui lui appartient. Une ligne mélodique simple, avec un rythme calqué sur la parole : si le texte de l'antienne se dit naturellement, il se chantera naturellement. Une longueur brève : une phrase, deux au maximum. L'antienne de quatre lignes ne sera jamais mémorisée dans l'instant.
Le lancement compte autant que l'écriture. Le psalmiste chante l'antienne une fois, entière, puis l'assemblée la reprend, et il faut que ce soit limpide, sans geste ambigu ni départ flottant. Si l'assemblée hésite au premier lancement, elle hésitera tout le psaume.
Psalmodier les versets : servir le texte français
Les versets ne sont pas une mélodie : ils sont un texte porté par un ton. La psalmodie consiste à réciter le verset sur une note de teneur, avec une inflexion à la médiante et à la fin. C'est une technique simple dans son principe et exigeante dans son détail, car tout se joue sur l'accentuation du français.
La règle d'or : le rythme de la psalmodie est le rythme de la parole. On ne compte pas, on parle. Les syllabes s'enchaînent au débit naturel de la lecture publique, ni précipité ni solennel à l'excès, et l'inflexion tombe sur l'accent tonique du dernier mot, jamais sur un « e » muet. Un verset psalmodié en martelant chaque syllabe à égalité devient mécanique ; un verset psalmodié comme on parle devient prière.
Pour une paroisse qui part de loin, la progression réaliste est celle-ci : commencer par l'antienne chantée avec versets lus, ce qui est déjà un progrès immense sur le psaume entièrement récité, puis passer aux versets psalmodiés sur un ton simple quand un psalmiste est prêt. Les tons psalmodiques classiques, ou les formules composées pour le français, s'apprennent en une répétition. Inutile de viser d'emblée les harmonisations à quatre voix : un psalmiste seul et juste sert mieux le texte qu'un chœur approximatif.
Les erreurs qui vident le psaume de sa fonction
Le remplacer. Le cantique de méditation à la place du psaume du jour : l'assemblée perd le texte biblique, et le lien avec la première lecture disparaît. Si vos moyens ne permettent pas de chanter le psaume, mieux vaut le lire dignement, avec l'antienne chantée, que le remplacer.
Le sur-habiller. L'antienne polyphonique trop difficile, les versets confiés au chœur entier, l'accompagnement qui couvre le texte : le psaume devient une pièce de concert entre deux lectures. L'assemblée décroche, et le moment change de nature. La sobriété n'est pas un pis-aller, elle est la forme juste de ce moment.
Le bâcler. Le lecteur qui enchaîne première lecture et psaume sans changer de ton, l'antienne lancée sans avoir été donnée, le psalmiste découvrant le texte à l'ambon. Le psaume récité en trente secondes dit à l'assemblée que ce texte n'a pas d'importance.
L'isoler du reste. Le psaume s'inscrit dans l'équilibre d'ensemble de la célébration, où chaque chant a sa fonction propre : le chant d'entrée rassemble, le psaume fait méditer la Parole, la communion intériorise. Un programme où tout est brillant et où le psaume seul est négligé, ou l'inverse, trahit un déséquilibre dans la manière de penser la messe.
Par où commencer dès dimanche prochain
Si votre paroisse récite le psaume, voici la marche la plus courte vers un psaume chanté : choisissez une antienne simple pour le temps liturgique en cours, confiez-la à votre voix la plus stable, et chantez antienne et versets lus pendant un mois. Puis formez cette personne à un ton psalmodique unique, qu'elle gardera plusieurs semaines. En deux mois, sans partition supplémentaire pour l'assemblée et sans répétition lourde, le psaume aura retrouvé sa forme, et l'assemblée découvrira qu'elle tient sa place dans la proclamation de la Parole.