Chant de communion : quel répertoire choisir

De tous les chants de la messe, celui de la communion est le plus délicat à réussir : le moment est intime, et pourtant il faut chanter ensemble. Choisir un chant de communion, c'est comprendre ce que ce moment demande, et lui donner la musique qui lui convient, ni trop, ni trop peu.

Le moment de la communion est intime (chacun s'avance, reçoit, revient à sa place), et pourtant il faut chanter ensemble. C'est là que beaucoup d'assemblées se trompent : soit elles se taisent et laissent un vide gêné, soit elles entonnent un chant qui casse le recueillement au lieu de le porter. Choisir un chant de communion, ce n'est donc pas piocher un titre de plus dans le classeur.

La fonction propre du chant de communion

Chaque chant de la messe a une fonction précise ; j'ai décrit l'ensemble dans entrée, communion, envoi : la fonction de chaque chant. Celle de la communion est double, et c'est ce qui la rend particulière.

D'un côté, le chant accompagne la procession : il unit les fidèles qui s'avancent, il évite le silence embarrassé du déplacement, il fait de la communion un acte commun et non une succession d'actes individuels. De l'autre, il doit favoriser l'intériorité : on vient de recevoir le Corps du Christ, c'est un moment d'action de grâce personnelle. Le chant ne doit pas remplir l'espace au point d'empêcher le recueillement.

Tenir ces deux exigences à la fois, rassembler et intérioriser, voilà tout l'art. Un chant trop enlevé transforme la communion en défilé ; un chant trop lourd l'alourdit. Le bon chant de communion avance doucement, sans traîner.

La forme qui fonctionne : le refrain répété

La contrainte pratique est réelle : pendant la communion, une partie de l'assemblée marche, tient un livret fermé, a les mains prises. Difficile de lire des couplets. C'est pourquoi la forme la plus efficace est le refrain court, répété, que l'on peut chanter par cœur en se déplaçant, pendant que le chœur ou un chantre porte les couplets.

Cette forme responsoriale résout tout : ceux qui reviennent à leur place reprennent le refrain sans effort, le chœur assure la continuité, et le chant peut durer aussi longtemps que nécessaire, car on ne sait jamais à l'avance combien de temps prendra la communion. Un chant de communion doit être élastique : prévoyez des couplets en réserve plutôt que de vous arrêter net quand la file est plus longue que prévu.

Les refrains de Taizé, brefs et méditatifs, sont d'ailleurs taillés pour ce moment : quelques mots, une mélodie enveloppante, une répétition qui devient prière. Ils conviennent particulièrement aux assemblées peu chantantes.

Choisir le texte : eucharistique, pas décoratif

Le texte d'un chant de communion devrait dire quelque chose de ce qui vient de se passer. Le pain de vie, le Corps livré, l'unité du peuple rassemblé par un même pain, la présence du Christ : voilà la matière propre de ce moment. Un chant de communion dont le texte parle vaguement d'amour ou de lumière rate l'occasion de nourrir la foi eucharistique de l'assemblée.

Cela ne veut pas dire réserver la communion aux seuls chants explicitement eucharistiques. Un chant marial, un psaume d'action de grâce peuvent convenir selon le jour. Mais le cœur du répertoire de communion devrait être fait de textes qui nomment le mystère : Pain de vie, Devenez ce que vous recevez, Tu es là présent. Choisissez d'abord pour le sens, ensuite pour la mélodie : jamais l'inverse.

Les erreurs qui cassent le moment

Trois travers reviennent, et il vaut mieux les nommer. Le premier : le chant trop festif. Un refrain claironnant, rythmé comme un chant d'entrée, transforme le recueillement en réjouissance prématurée. Gardez l'allégresse pour l'envoi ; la communion appelle une joie plus intérieure.

Le deuxième : le silence total par défaut. Certaines paroisses, faute de répertoire adapté, ne chantent rien à la communion. Le silence peut être beau, après le chant, pas à la place. Un moment de silence, une pièce d'orgue en méditation une fois la procession achevée : oui. Mais laisser toute la procession se faire dans un silence gêné, c'est manquer la dimension communautaire du moment.

Le troisième : le chant impossible à suivre en marchant. Des couplets à lire, une mélodie nouvelle lancée ce dimanche-là, un ton trop haut, et l'assemblée décroche au moment précis où elle devrait s'unir. Le chant de communion, plus que tout autre, doit être connu, simple, tenu dans la durée. C'est un chant qu'on garde d'une année sur l'autre, exactement comme l'ordinaire de la messe.

Construire son répertoire de communion

Visez quelques chants de communion solidement installés plutôt qu'une rotation permanente. Trois ou quatre refrains eucharistiques que l'assemblée connaît par cœur, un ou deux chants de Taizé pour les jours de grand recueillement, et de quoi varier selon les temps liturgiques : c'est amplement suffisant pour l'année.

Ce noyau stable, choisi avec soin et tenu dans la durée, s'inscrit dans la même logique que l'ensemble d'un répertoire d'assemblée cohérent. La communion n'est pas le moment d'expérimenter ni d'étaler son répertoire. C'est le moment où l'assemblée, nourrie, chante d'une seule voix ce qu'elle vient de recevoir : et pour cela, elle a besoin de chants qu'elle porte déjà, sans y penser.

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