Préparer la musique d'une ordination

Une ordination n'est pas une messe ordinaire à laquelle on ajoute deux beaux chants. C'est une célébration dont la structure propre impose des moments musicaux qu'on ne trouve nulle part ailleurs dans l'année : la litanie des saints chantée pendant que le ou les ordinands sont prostrés, l'invocation de l'Esprit avant l'imposition des mains. Préparer cette musique demande de comprendre le rite avant de choisir les partitions.

Trois ordinations existent : diaconale, presbytérale (les prêtres), épiscopale (les évêques). La trame musicale est proche. Les différences tiennent surtout au nombre d'ordinands, à l'ampleur de l'assemblée et à la solennité, qui va croissant. Une ordination presbytérale à la cathédrale un samedi de juin ne se prépare pas comme une ordination diaconale plus intime.

La litanie des saints : le sommet musical du rite

C'est le moment qui n'existe qu'ici, ou presque. Après l'appel et l'homélie, les ordinands se prosternent, front contre terre, tandis que l'assemblée chante la litanie des saints. Toute l'Église, visible et invisible, est appelée par son nom.

Musicalement, la litanie est une forme responsoriale : le chantre ou un petit groupe invoque chaque saint, l'assemblée répond « priez pour lui » ou « priez pour eux ». Le tempo doit rester porté, jamais traînant : la prostration dure, et une litanie qui s'étire devient pesante. Prévoyez la liste des saints à l'avance avec le célébrant, on ajoute presque toujours les saints patrons du diocèse, de la paroisse, des ordinands. La forme litanique appelle et lance l'assemblée exactement comme le fait un bon chantre au quotidien : c'est le rôle de l'animateur, poussé à son intensité maximale.

Choisissez une version dont le mélisme reste chantable par tous. La litanie grégorienne est superbe mais exige des cantors solides ; il existe des versions à refrain plus accessibles pour une assemblée composite.

Le Veni Creator : appeler l'Esprit

Selon les diocèses et les usages, l'invocation de l'Esprit prend la forme du Veni Creator Spiritus, souvent en alternance latin/français, l'assemblée reprenant les strophes qu'elle connaît. C'est un chant que beaucoup de fidèles portent en mémoire : ne le sous-estimez pas, laissez-le à l'assemblée plutôt que de le confisquer au chœur.

Le Veni Creator est le pont naturel entre l'ordination et le grand répertoire de l'Esprit Saint, celui-là même qu'on déploie à la Pentecôte et à la confirmation. Si vous préparez régulièrement ces célébrations, vous disposez déjà de la moitié du matériau.

Les autres moments à baliser

L'entrée. Elle rassemble une assemblée souvent nombreuse et un cortège long : évêque, clergé concélébrant, ordinands, servants. Prévoyez un chant à couplets, avec un refrain solide qui tienne la durée de la procession sans qu'on ait à improviser une reprise de trop.

L'ordinaire. Kyrie, Gloria (le Gloria est chanté, l'ordination étant une fête), Sanctus, Agnus. Choisissez une messe que l'assemblée connaît ou peut attraper vite. Une ordination n'est pas le lieu pour créer un ordinaire inédit : trop d'inconnu casse la participation. Si vous hésitez, revenez aux principes qui régissent l'ordinaire de la messe.

La communion. Chant eucharistique responsorial, forme de refrain répété pour permettre le déplacement d'une assemblée nombreuse. La sobriété est ici votre alliée : le recueillement prime sur la démonstration.

L'action de grâce et l'envoi. Après la communion, un chant d'action de grâce, un Te Deum est fréquent pour une ordination, il exprime la reconnaissance de toute l'Église. L'envoi peut être marial, notamment si le diocèse a une dévotion particulière ; le répertoire à la Vierge offre des chants d'envoi solides et connus.

Coordonner avec la maîtrise de cérémonie

C'est le point que les chorales oublient le plus souvent. Une ordination est réglée au cordeau par le cérémoniaire du diocèse. Vos moments musicaux s'insèrent dans une chorégraphie précise : imposition des mains prêtre par prêtre pour une ordination presbytérale, remise des instruments, accolade. Certains de ces gestes durent longtemps et de façon imprévisible.

Prévoyez donc des chants ou des pièces d'orgue « extensibles » : un motet qu'on peut prolonger, une improvisation d'orgue prête, un refrain qu'on peut reprendre. Rien n'est pire qu'un silence gêné pendant que trente prêtres imposent les mains, ou qu'un chant qui s'achève quand le rite continue. Calez une répétition avec le cérémoniaire, pas seulement avec le chœur.

Le piège de la démesure

La tentation, sur une célébration solennelle, c'est d'en faire trop : pièces trop ambitieuses, ambitus trop haut pour une assemblée estivale et composite, programme surchargé. Une ordination est déjà longue par nature. La musique doit servir le rite, pas rivaliser avec lui.

Gardez un noyau chantable par tous, réservez la polyphonie exigeante aux moments où le chœur chante seul (motet de communion, pièce d'action de grâce), et laissez à l'assemblée ce qui lui revient : la litanie, le Veni Creator, l'ordinaire, les refrains. C'est cet équilibre entre le chœur et l'assemblée qui fait la beauté d'une grande célébration, bien plus que l'accumulation de belles pièces.

Une préparation qui commence tôt

Pour une ordination diocésaine, la liste des chants passe par le service de liturgie et le cérémoniaire, parfois plusieurs semaines à l'avance. Anticipez : récupérez la trame liturgique officielle, identifiez les chants imposés par le diocèse, complétez avec votre répertoire, et vérifiez que vos partitions sont chantables et diffusables en règle.

Comme toute grande célébration, l'ordination se prépare selon la même méthode que le reste de l'année : partir de la fonction de chaque moment, choisir juste, répéter, coordonner. C'est la logique que je détaille pour préparer une célébration : l'ordination n'en est que la forme la plus solennelle.

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